Coopération judiciaire : Bamako et La Haye veulent passer du dialogue aux résultats

La scène se joue dans un bureau du ministère, à Bamako. Pas de déclaration grandiloquente, mais une discussion serrée entre Mamoudou Kassogué et Erik de Feijter. Une visite dite « de courtoisie », sauf que le contenu, lui, ne relève pas du protocole.

Sur la table : des sujets précis, presque techniques. Comment réduire les délais de traitement des dossiers dans les tribunaux ? Quels outils pour suivre les procédures sans perdre des mois entre deux étapes ? Et surtout, comment rendre la justice accessible à quelqu’un qui vit loin des centres urbains ou qui n’a pas les moyens de s’offrir un avocat ?

Le partenariat avec le Pays-Bas s’inscrit déjà dans des actions concrètes. Appui à la formation de magistrats, accompagnement de certaines réformes, soutien à des initiatives visant à mieux organiser les juridictions. Rien de spectaculaire, mais des interventions ciblées. Le problème, c’est l’échelle : ces efforts existent, mais restent encore limités face à l’ampleur des besoins.

Pendant l’échange, un point revient avec insistance : la question de la crédibilité. Une décision de justice qui tarde ou qui n’est pas appliquée perd toute portée. Derrière les mots « modernisation » ou « gouvernance judiciaire », il y a des réalités plus dures des tribunaux engorgés, des dossiers qui s’accumulent, des citoyens qui abandonnent avant même d’aller au bout d’une procédure.

L’ambassadeur néerlandais n’a pas esquivé. Il a reconnu les avancées impulsées ces derniers mois, tout en insistant sur la nécessité d’actions mesurables. Autrement dit : des résultats visibles, pas seulement des réformes annoncées.

En face, le ministre malien a posé ses propres exigences. Continuer à travailler ensemble, oui mais avec des projets qui produisent des effets tangibles. Formation utile, outils opérationnels, suivi réel des réformes. Pas de programmes qui s’arrêtent à mi-chemin.

Ce type de coopération a ses limites. Elle peut soutenir, accélérer, orienter. Elle ne remplace ni les décisions politiques internes ni la capacité de l’administration à appliquer ce qui est décidé. Si les réformes restent bloquées dans les circuits administratifs ou ne descendent pas jusqu’aux juridictions locales, l’impact restera marginal.

Reste un fait : les deux parties veulent avancer. Moins de discours convenus, plus d’efficacité. Si cette ligne est tenue, les prochains mois permettront de juger — non pas sur les intentions, mais sur ce qui change réellement dans les tribunaux.


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