Secteur minier : le Mali lance l’Office des substances précieuses

Quelque chose a bougé mercredi en Conseil des ministres. Pas une annonce spectaculaire à première vue, mais une décision qui touche directement un nerf sensible de l’économie malienne : l’or. Le gouvernement a acté la création de l’Office malien des substances précieuses, une structure appelée à reprendre la main sur un circuit longtemps jugé opaque.

Le problème est connu, mais rarement dit aussi frontalement : ce que le Mali annonce produire ne correspond pas toujours à ce qui est enregistré ailleurs. L’écart se creuse surtout du côté de l’orpaillage. Des sites artisanaux dispersés, des acheteurs qui paient cash, des circuits qui contournent les statistiques officielles. Résultat, une partie de la richesse disparaît dans des circuits difficiles à tracer.

Les chiffres donnent une idée de l’enjeu. En 2022, plus de 72,2 tonnes d’or extraites. Dans ce volume, environ 6 tonnes viennent de l’orpaillage. À elles seules, toutes ces activités ont généré 763 milliards de francs CFA pour le budget. Et malgré ça, le secteur continue d’échapper en partie au contrôle.

L’Office arrive avec une mission précise : suivre le métal du point de sortie jusqu’à la vente. Concrètement, ça veut dire organiser l’achat, enregistrer les quantités, imposer des circuits identifiés. Mettre fin au moins en théorie aux flux qui passent sous les radars.

Ce n’est pas une décision isolée. Elle s’appuie sur deux lois adoptées le 29 août 2023 : l’une sur le Code minier, l’autre sur le contenu local. Ces textes avaient déjà posé les règles. Là, on ajoute un outil pour les appliquer.

Mais sur le terrain, rien n’est simple. Sur certains sites d’orpaillage, tout fonctionne sans papier, sans contrôle, avec des transactions immédiates. Les orpailleurs vendent au plus offrant, souvent sur place. Si l’Office veut capter ce flux, il devra proposer mieux : des prix compétitifs, des paiements rapides, et surtout une présence réelle sur ces zones.

Sinon, le risque est évident : la structure existe, mais l’or continue de circuler ailleurs.

Le gouvernement parle de souveraineté économique. Dans les faits, ça se jouera sur un détail très concret : qui achète l’or, à quel prix, et où. Parce que tant que ces trois éléments ne sont pas maîtrisés, les milliards annoncés resteront partiels.

Cette fois, l’État tente de reprendre la main. Mais dans ce secteur, les règles ne s’imposent pas uniquement par décret. Elles se négocient, souvent loin des bureaux.


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