Carré des martyrs de Niaréla : 35 ans après, la mémoire ne se négocie pas

Le silence n’est jamais total au cimetière de Niaréla. Même quand la foule se tait, il reste ces pas lents sur le sable, ces regards qui s’attardent trop longtemps sur une tombe. Ce dimanche 22 mars 2026, ils étaient nombreux à revenir là, au Carré des martyrs, là où l’histoire du Mali ne s’écrit pas avec de l’encre mais avec des noms gravés. Trente-cinq ans après les journées des 22, 23 et 24 mars 1991 celles qui ont fait basculer un régime et coûté la vie à des centaines de Maliens la commémoration n’avait rien d’un rituel mécanique. Il y avait du poids dans l’air.

La cérémonie démarre sans annonce spectaculaire. Une marche lente, presque pesante. Derrière, les autorités du District de Bamako, quelques élus locaux, et des membres de l’Association pour la Défense des Victimes de la Répression. Les familles se tiennent à part, mais jamais loin.

Le moment du dépôt de gerbes casse le rythme. Chaque geste est précis. Pas de précipitation. Une femme s’accroupit, essuie du bout des doigts une plaque avant de se relever. Personne ne lui demande de se dépêcher.

Le Médecin Colonel-major Assa Badiallo Touré est là, entourée de ses collaborateurs. Elle serre des mains, échange quelques mots brefs. Rien de théâtral. Quand elle s’avance vers les tombes, elle prend le temps. Ce détail compte ici.

Puis vient la prise de parole du président de l’ADVR. La voix tremble un peu au début, puis se stabilise. Il ne lit pas vraiment, il parle comme on se souvient. Il évoque « une année difficile », sans entrer dans des détours. Il insiste surtout sur une idée : ces morts ne doivent pas disparaître derrière les cérémonies. Les mots “panthéon” et “martyrs” sont prononcés, mais sans emphase inutile. Juste comme un rappel.

Autour de lui, certaines têtes hochent doucement. D’autres restent figées. Une vieille dame, assise sur une pierre basse, ne regarde ni les officiels ni le micro. Elle fixe une tombe précise. La sienne.

Quand la ministre prend la parole, le ton change. Plus structuré. Elle parle de sécurité pas en théorie, mais en évoquant la difficulté, pour certains, de se déplacer librement jusqu’ici. Elle parle de pardon aussi. Le mot passe, mais il ne s’impose pas. Il flotte un instant, sans convaincre tout le monde.

Elle insiste davantage sur les jeunes. Sur le fait que cette histoire ne doit pas rester coincée dans les discours officiels ou les anniversaires. Que mars 1991 ne soit pas juste une date apprise à l’école, puis oubliée après l’examen.

À la fin, les remerciements aux autorités de la Transition sont prononcés, comme le veut l’exercice. Mais ce n’est pas ce que les gens retiennent en quittant les lieux.

Ce qui reste, ce sont les scènes discrètes. Un homme qui prend en photo une tombe avec son téléphone. Deux frères qui discutent à voix basse, en désignant un nom inscrit. Une femme qui murmure une prière, seule, alors que la foule commence déjà à se disperser.

Le Carré des martyrs se vide lentement. Les fleurs, elles, resteront quelques jours. Après, elles sécheront.

Pas les souvenirs.


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