À Genève, le Mali a opposé une fin de non-recevoir aux conclusions de l’Expert indépendant devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Porté par Mamoudou Kassogué, le gouvernement dénonce un rapport fondé, selon lui, sur des sources contestables et une lecture biaisée de la situation, tout en mettant en avant des procédures judiciaires en cours, des décisions politiques assumées et des réformes sociales déjà engagées — 26 mars 2026.

Le malaise ne date pas d’hier, mais cette fois, il est exposé publiquement, presque frontalement. Le ministre ne s’attarde pas sur les formules diplomatiques habituelles. Il insiste sur un point précis : certaines sources utilisées dans le rapport ne sont pas identifiées clairement, d’autres proviennent d’acteurs que Bamako considère comme engagés. Pour les autorités, cela suffit à biaiser l’ensemble.
Ce qui crispe le plus, ce n’est pas seulement le contenu. C’est la posture. À écouter le Garde des Sceaux, l’Expert indépendant ne se limite plus à accompagner ou conseiller. Il « tranche », il « qualifie », il « conclut ». Des verbes qui, dans la bouche du ministre, ne relèvent pas du mandat initial.
Dans les échanges en marge de la session, des diplomates maliens laissent entendre que la question du maintien même de ce mécanisme est désormais sur la table. Pas une menace officielle, mais une hypothèse qui circule.
Quand il aborde la situation sécuritaire, le ministre ne reste pas dans le vague. Il parle d’attaques ciblées contre des villages, de convois piégés, de postes militaires pris pour cibles, attribués aux groupes armés terroristes. Dans ce contexte, il défend les opérations des FAMa, en affirmant qu’elles suivent des règles strictes.
Il prend un exemple : à chaque fois qu’une accusation vise des éléments des forces armées, un dossier est ouvert. Pas seulement annoncé. Des procédures sont engagées, avec des auditions, des rapports transmis aux magistrats. Certains dossiers, précise-t-il, ont déjà quitté la phase d’instruction pour être jugés. Il ne donne pas de chiffres globaux, mais insiste sur le fait que « rien n’est classé sans suite par principe ».
Sur la scène politique, le sujet reste sensible. La dissolution de partis n’est pas éludée. Au contraire, elle est revendiquée. Le ministre parle d’un « tri nécessaire », dans un contexte où, selon lui, certaines formations ne jouaient plus leur rôle ou alimentaient des tensions.
Il évoque une pression interne, pas internationale, qui aurait poussé à cette décision. L’idée, dit-il, est de repartir sur des bases plus « lisibles ». Une manière de dire que le processus politique actuel ne correspond pas aux standards attendus à l’extérieur, mais qu’il répond à une logique nationale.
Sur les journalistes, la réponse est précise, presque juridique. Aucun n’est en détention pour ses opinions, affirme-t-il. Les cas évoqués à l’international relèveraient, selon lui, d’infractions bien définies : diffusion de fausses informations, atteinte à l’ordre public, ou autres délits encadrés par la loi.
C’est là que le débat se tend. Parce que cette frontière entre opinion et infraction reste contestée. Le ministre, lui, s’en tient au texte : « ce n’est pas une question d’opinion, c’est une question de droit », martèle-t-il.
Pour contrebalancer les critiques, Bamako met sur la table des mesures concrètes. La criminalisation de l’esclavage par ascendance est citée comme un tournant, avec des poursuites déjà engagées dans certaines localités. Le ministre évoque aussi des dispositifs d’accompagnement pour les victimes de violences basées sur le genre, même s’il reconnaît que leur mise en œuvre reste inégale selon les régions.
Autre point : l’adoption, en août 2025, de la Charte nationale pour la paix. Présentée comme un cadre structurant, elle sert d’argument pour montrer que des initiatives internes existent, en dehors des pressions extérieures.
En conclusion, le message est posé sans ambiguïté. Le Mali ne ferme pas la porte. Il parle de coopération, mais avec des conditions. Pas question, dit le ministre, d’accepter des rapports qu’il estime construits « à charge ».
Dans les travées de Genève, cette prise de position a laissé peu de place à l’interprétation. Bamako ne cherche plus seulement à répondre aux critiques. Il conteste la manière dont elles sont produites. Et, au passage, redéfinit les limites de ce qu’il est prêt à accepter au nom des droits de l’homme.
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