À Ouagadougou, le huis clos s’est voulu à la fois protocolaire et stratégique. Ce jeudi 26 mars 2026, le Président du Faso, Ibrahim Traoré, a reçu les ministres africains de la Santé présents dans la capitale burkinabè à l’occasion du 1er Forum national sur le financement de la santé (FONAFIS). Derrière la solennité de l’audience, un objectif clair : poser les bases d’une réponse collective aux défis structurels du financement des systèmes de santé sur le continent.

Autour de la table, les profils sont variés mais les préoccupations se recoupent. Le Burkinabè Robert Lucien Jean-Claude Kargougou mène la délégation. À ses côtés, des responsables venus du Niger, du Tchad, de la Sierra Leone, de la Gambie, du Sénégal et du Mali. La ministre malienne, Assa Badiallo Touré, médecin colonel-major, prend des notes, intervient brièvement sur la question des plateaux techniques et des évacuations sanitaires encore trop fréquentes dans la sous-région.
Le ton change quand la parole revient au Sénégalais Ibrahima Sy, désigné porte-parole. Il ne tourne pas autour du pot. Les systèmes de santé restent dépendants, dit-il en substance, et les marges budgétaires sont étroites. Il évoque des situations concrètes : des centres de santé sans équipements fonctionnels, des programmes suspendus faute de décaissement à temps, des campagnes de vaccination qui ralentissent dès que les partenaires extérieurs se retirent. « On ne peut pas continuer comme ça », lâche-t-il, avant de rappeler que les épidémies circulent sans passeport.
En face, le président burkinabè écoute, relance, recadre parfois. Il insiste sur un point précis : la mobilisation des ressources internes. Pas dans l’abstrait. Il parle de mécanismes à tester rapidement, de lignes budgétaires à sécuriser, de priorités à trancher sans attendre. Selon un membre de la délégation, il a également évoqué la nécessité de réduire certaines dépenses jugées non essentielles pour réorienter vers la santé.
Ce qui a marqué plusieurs ministres, ce sont des exemples avancés côté burkinabè. Construction de centres de santé dans des zones jusque-là mal desservies, efforts ciblés sur la prise en charge des femmes enceintes, amélioration progressive de certains indicateurs. Rien de spectaculaire, mais des avancées mesurables, expliquent-ils, qui donnent du poids au discours.
En filigrane, une idée s’impose au fil des échanges : chacun avance encore trop seul. Les participants parlent de mutualiser certaines approches, de partager des outils, voire d’harmoniser des stratégies de financement. Pas de déclaration finale pompeuse, pas d’engagement chiffré annoncé à la sortie. Mais une convergence assumée : sans coordination réelle entre États, les mêmes blocages reviendront, encore et encore.
À la sortie de l’audience, les visages restent sérieux. Le FONAFIS continue, mais cette réunion-là a servi de test. Un moment où les discours habituels ont laissé place à des constats bruts, parfois inconfortables. Et à quelques pistes, encore fragiles, mais plus concrètes que d’habitude.
En savoir plus sur FASSO ACTU
Subscribe to get the latest posts sent to your email.