Cameroun: Révision constitutionnelle en urgence, la dévolution du pouvoir se prépare dans l’ombre

En moins de 48 heures, une révision constitutionnelle au Cameroun sera examinée et adoptée, malgré un contexte institutionnel marqué par l’absence de gouvernement, un président non réélu démocratiquement, et un Parlement à mandat prolongé. Cette accélération inédite révèle une dévolution du pouvoir entre cercles dirigeants, évitant les consultations populaires. La réforme pourrait faciliter une consolidation du pouvoir exécutif, dans un modèle de succession opaque, déjà présent ailleurs en Afrique centrale. Ce scénario fragilise les institutions camerounaises et risque de poser un précédent régional.

En moins de 48 heures, une révision constitutionnelle sera examinée, votée, adoptée. Au Cameroun, ce calendrier législatif fulgurant n’est pas anodin. Il révèle une mécanique de pouvoir qui se referme sur elle-même, loin des urnes et du débat public.

Ce qui se passe, qui décide, et quand

La Commission des lois constitutionnelles de l’Assemblée nationale du Cameroun examine un nouveau projet de loi portant révision constitutionnelle. L’examen aura lieu ce jour. L’adoption est prévue pour mardi.

Paul Biya, reconduit à la présidence non par le verdict des urnes mais par validation du Conseil constitutionnel, n’avait inscrit aucune réforme constitutionnelle dans son programme de campagne. Le pays est, par ailleurs, toujours sans un nouveau gouvernement. Les députés, dont le mandat légal était arrivé à expiration, ont vu leur prorogation accordée pour neuf mois supplémentaires.

Pourquoi cette précipitation soulève des questions

Une révision constitutionnelle ne s’improvise pas. Ses délais, sa portée et son contenu reflètent les priorités réelles d’un pouvoir. Ici, trois signaux convergent : un président sans mandat populaire clair, une chambre législative dont la légitimité est prolongée par décret, et un gouvernement nouveau inexistant.

Ce vide institutionnel ne ralentit pas la machine constitutionnelle. Il l’accélère. Ce paradoxe mérite une lecture politique précise : on modifie les règles du jeu au moment exact où les arbitres et les joueurs sont les moins redevables devant les citoyens.

Le mécanisme d’une dévolution discrète

Le concept de dévolution du pouvoir par le gré à gré désigne un transfert d’autorité organisé entre cercles dirigeants, sans consultation populaire ni compétition électorale transparente. Ce n’est pas un coup d’État militaire. C’est une ingénierie constitutionnelle.

La séquence est lisible : proroger les mandats pour conserver une majorité législative acquise, maintenir le vide gouvernemental pour concentrer les décisions au sommet, puis modifier la constitution avant que toute opposition ne puisse se structurer. Chaque étape est juridiquement habillée. L’ensemble forme ce que plusieurs analystes qualifient de coup d’État institutionnel.

La révision constitutionnelle au Cameroun interviendrait donc dans un espace politique verrouillé, où la forme démocratique est maintenue, mais la substance vidée.

La modification constitutionnelle adoptera vraisemblablement des dispositions facilitant une succession ou une consolidation du pouvoir exécutif. La légitimité du Parlement, déjà fragile, sera contestée tant à l’intérieur qu’à l’international.

Si la dévolution dynastique du pouvoir au Cameroun se confirme, le pays s’installe dans un modèle de succession opaque, déjà observé dans d’autres États d’Afrique centrale. Ce modèle fragilise durablement les institutions, décourage l’investissement étranger et exacerbe les tensions régionales, notamment en zones anglophones où la défiance envers Yaoundé reste structurelle.

La crise constitutionnelle camerounaise risque aussi de devenir un précédent régional. Plusieurs États voisins observent la manoeuvre. Sa réussite ou son échec redessinera les marges du possible pour d’autres exécutifs tentés par la même logique.

Ce que cette séquence dit de l’état de la démocratie africaine

Le Cameroun de 2026 offre un cas d’école sur la fragilité des garde-fous institutionnels. Lorsque les trois pouvoirs exécutif , législatif à mandat prolongé, judiciaire ayant validé une élection contestée agissent en convergence, qui reste pour défendre la règle ?

La vraie question n’est pas constitutionnelle. Elle est politique : dans quel état seront les institutions camerounaises lorsque la prochaine génération devra s’en saisir ?

Source : Camer.be.


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