Pendant un mois, le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Pr Tiémoko Traoré, a quitté les bureaux pour aller au contact direct des structures et des agents. Une tournée dense, sans protocole superflu, où les échanges francs ont mis à nu les blocages, mais aussi les marges d’action. Au cœur de sa démarche : installer une dynamique de travail fondée sur la synergie et la responsabilité partagée.

Le 25 février, première séquence. À la SOMAGEP-SA, les discussions démarrent sans détour. Les responsables déroulent leurs activités, mais très vite, la question des moyens revient sur la table. Budget sous tension, équipements vieillissants, pression sur la distribution d’eau potable dans certains quartiers. À la SOMAPEP-SA, le tableau est à peine différent : des projets en cours, oui, mais des retards qui s’accumulent dès que les financements tardent.
Le lendemain, au Laboratoire national des eaux, le ton change. Ici, on parle qualité, contrôle, normes. Les techniciens évoquent des analyses parfois ralenties par le manque de matériel adapté. À Taoussa, autre réalité : celle des grands aménagements, avec des contraintes lourdes, techniques et financières. Dans les bureaux de la cellule nationale OMVS, on insiste plutôt sur la coordination régionale, souvent complexe à faire vivre au quotidien.

Le 5 mars, le ministre monte à Badalabougou, sur la colline de l’ex-CRES. Changement d’ambiance. Dans les services de l’énergie, les dossiers sont empilés, les urgences nombreuses. À la Direction nationale de l’Énergie, on évoque les difficultés à suivre le rythme des besoins. Les agences comme l’AMADER ou l’ANERB parlent d’électrification rurale, mais aussi de projets bloqués ou ralentis.
Dans les bureaux de la DFM, ce sont les chiffres qui parlent : lignes budgétaires serrées, arbitrages difficiles. Rien n’est simple.
Plus tard dans la journée, à la Direction nationale de l’Hydraulique, les agents ne tournent pas autour du pot. Ils parlent de terrains difficiles d’accès, de forages compliqués, de matériel parfois insuffisant. Sur le même site, d’autres structures – inspection, fonds dédiés, projets comme le PIDACC – décrivent des réalités proches : beaucoup d’attentes, peu de marge de manœuvre.

Le 25 mars, dernière étape. EDM-SA. Ici, la pression est palpable. Production, délestages, continuité du service : tout se joue à flux tendu. Les responsables exposent les contraintes techniques, mais aussi les attentes énormes des usagers. L’électricité ne supporte pas l’approximation.
Manque d’effectifs dans certains services. Besoin de formations ciblées. Équipements jugés dépassés. Conditions de travail parfois difficiles, surtout sur le terrain. Rien n’est édulcoré.
Le ministre écoute. Il prend des notes. Il relance parfois. Il ne coupe pas.
Réactions mesurées, mais ligne claire
Quand il répond, Tiémoko Traoré ne s’attarde pas dans les formules creuses. Il félicite, oui. Il reconnaît les efforts. Mais il revient vite à l’essentiel : les résultats.
Selon lui, le problème ne se résume pas aux moyens. Il évoque aussi l’organisation, la circulation de l’information, la capacité des structures à travailler ensemble.
Son idée revient, presque à chaque intervention, mais jamais formulée de la même manière : arrêter de fonctionner en silos.
Faire bloc, ou continuer à subir
Dans plusieurs services, le constat est le même : chacun avance de son côté. Les projets existent, mais peinent à s’articuler. Les informations circulent mal. Les doublons ne sont pas rares.
Le ministre insiste : tant que les structures resteront isolées, les résultats resteront limités.

Il parle de coordination concrète. De mutualisation des moyens. De décisions suivies d’effets. Pas sur le papier, mais sur le terrain.
Une tournée qui met chacun face à ses responsabilités
Ces visites n’ont pas tout réglé. Les problèmes sont toujours là. Les contraintes aussi.
Mais quelque chose a bougé. Les agents ont parlé directement à leur ministre. Les responsables ont exposé leurs difficultés sans intermédiaire. Et la tutelle a posé des attentes claires.
Au final, cette immersion laisse une impression nette : le diagnostic est désormais partagé. Reste à voir si, dans les semaines à venir, les pratiques vont réellement changer.
Parce que sur l’eau comme sur l’électricité, les populations, elles, n’attendent pas des constats. Elles attendent que ça fonctionne.
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