À la Primature, ce jeudi 2 avril, le gouvernement a passé au crible la campagne agricole 2025 et fixé le cap pour les prochaines saisons. Si les résultats affichés plus de 11,4 millions de tonnes de céréales et une production cotonnière maintenue, traduisent une certaine capacité de résistance du secteur, les échanges ont aussi mis en lumière des contraintes bien concrètes : intrants parfois livrés tardivement, circuits de collecte fragiles, marges de manœuvre budgétaires limitées. Entre objectifs revus à la hausse pour 2026 et réalités de terrain, l’équilibre reste précaire.

Le bilan 2025 a été déroulé sans détour. 11 452 540 tonnes de céréales. Derrière ce volume, certains responsables ont évoqué des campagnes menées “à crédit” dans plusieurs cercles, avec des producteurs obligés d’attendre des semaines avant de recevoir leurs engrais. Dans des zones comme Koutiala ou Bla, les semis ont parfois été décalés. Malgré ça, les récoltes ont tenu. Pas partout de la même manière.
Le coton affiche 433 700 tonnes. Là aussi, le chiffre est posé, mais en coulisses, on parle de parcelles abandonnées en cours de saison, faute de moyens ou à cause des incertitudes sur les prix. Dans certaines coopératives, des producteurs ont réduit les superficies pour limiter les risques. Ce n’est pas visible dans les totaux, mais ça pèse.
Côté élevage, 157 775 tonnes de viande contrôlée. Les services vétérinaires ont signalé des difficultés d’accès dans certaines zones, avec des marchés à bétail qui tournent au ralenti certains jours. Pour le lait 17 238 tonnes collectées plusieurs intervenants ont reconnu que la chaîne de collecte reste fragile : centres éloignés, manque de conservation, pertes fréquentes en saison chaude.

Même chose pour la pêche : 122 671 tonnes. Les chiffres tiennent, mais les pêcheurs, notamment sur le Niger intérieur, continuent de composer avec la baisse du niveau d’eau à certaines périodes et la pression sur les ressources.
À un moment, le Premier ministre a parlé de “résilience”. Le mot est revenu, mais sans effet de style. Il renvoie à des situations bien concrètes : des producteurs qui avancent sans garantie, des campagnes organisées dans des zones où les déplacements ne sont pas toujours simples, des circuits d’approvisionnement qui fonctionnent parfois par improvisation.
Puis la discussion a basculé sur 2026. Les objectifs ont été annoncés : 11 916 750 tonnes de céréales. Un peu plus que l’an dernier, mais rien d’excessif. Un cadre du secteur a glissé, en aparté, que tout dépendra de la régularité des pluies et surtout de la disponibilité des intrants avant juin. “Si ça arrive encore en retard, on repart dans les mêmes difficultés”, a-t-il lâché.
Pour le coton, le saut est plus net : 598 500 tonnes visées. Là, les regards se sont un peu durcis autour de la table. Parce que produire plus suppose des moyens immédiats : crédits accessibles, engrais à temps, encadrement technique renforcé. Sur ce point, plusieurs responsables ont insisté sur le fait que les promesses devront être suivies d’effets rapides, sinon les producteurs ne suivront pas.
Le budget annoncé donne une indication, sans tout régler : 164,4 milliards de FCFA pour 2026, contre 161,4 l’année précédente. Une hausse légère. Concrètement, ça oblige à faire des choix. Financer les subventions ? Accélérer les aménagements hydro-agricoles ? Soutenir l’élevage qui manque d’infrastructures ? Aucun arbitrage n’est neutre.
Au fond, cette session s’inscrit dans une logique plus large, celle du programme « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma ». Mais entre cette vision et la réalité immédiate, il y a un écart que tout le monde dans la salle semblait mesurer.
En quittant la réunion, les chiffres étaient clairs. Les intentions aussi. Ce qui reste flou, c’est la manière dont tout cela va se traduire, dans quelques semaines, au moment des premiers semis. Parce que, au final, ce ne sont ni les tableaux ni les projections qui feront la campagne mais ce qui arrivera, ou non, entre les mains des producteurs.
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