L’information tient en quelques mots dans un projet d’ordonnance adopté en Conseil des ministres. Mais elle traduit une évolution de fond : l’État malien commence à intégrer l’irruption de l’intelligence artificielle dans le champ de la création artistique. Le texte, validé le mercredi 1er avril, révise le régime de la propriété littéraire et artistique, en vigueur depuis 2017. Officiellement, il s’agit de corriger des insuffisances juridiques. Dans les faits, la réforme intervient alors que les usages ont déjà changé.
Officiellement, il s’agit de corriger des insuffisances. En pratique, c’est une mise à jour en urgence. Parce que la réalité a changé plus vite que les textes.
À Magnambougou, dans une cour où deux pièces servent de studio, un jeune artiste enregistre sur une instru générée depuis une application téléchargée la veille. Il n’a jamais touché un piano. Le beat est prêt en quelques minutes. Il ajuste le tempo, ajoute une ligne de basse automatique, exporte le tout sur son téléphone.
À Badalabougou, un graphiste freelance reçoit une commande sur WhatsApp : une affiche pour un concert. Il ouvre un outil d’IA, tape une description rapide, génère plusieurs propositions. Il ne garde qu’une base, qu’il retouche légèrement avant de livrer. Temps total : moins d’une heure.
Dans les groupes Telegram et sur certains comptes TikTok, des textes circulent. Des punchlines, des refrains entiers. Générés automatiquement, puis corrigés à la marge. Parfois, l’auteur n’a écrit que deux ou trois phrases. Le reste vient d’ailleurs.
À ce stade, la question n’est plus théorique. Elle est directe : qui signe réellement l’œuvre ?
Le texte adopté ne tranche pas. Il ne dit pas si l’outil est un simple assistant ou s’il devient, d’une certaine manière, co-créateur. Mais il reconnaît que le problème existe. Avant ça, rien. Aucun cadre clair, aucun repère pour les artistes.
Sur le terrain, les situations se multiplient. Une pochette générée avec une IA est vendue à un promoteur : l’argent va au designer, mais sur quelle base juridique ? Une chanson construite à partir d’une voix synthétique commence à circuler sur les réseaux : qui détient les droits si elle explose ?
Ce flou, pour beaucoup, ce n’est pas un détail. C’est une question de revenus. Parfois la seule source d’argent.
Le gouvernement parle d’harmonisation avec les standards internationaux. Mais dans les faits, à Bamako, personne n’attend ces standards. Les artistes avancent, testent, prennent des risques. Certains empilent les applications sur leur téléphone, passent d’un générateur d’images à un autre, comparent, bricolent.
Le texte arrive donc après. Il ne lance rien. Il essaie de mettre un cadre sur quelque chose qui existe déjà, qui fonctionne déjà, qui génère déjà de l’argent sans règles précises.
Reste à voir la suite. Parce qu’entre une ordonnance adoptée en Conseil des ministres et des règles appliquées dans un studio de fortune ou sur un téléphone Android, il y a souvent un fossé.
Pendant ce temps, l’IA continue de tourner. Elle produit des beats, des visuels, des textes. Elle s’intègre partout, sans bruit. Et surtout, sans attendre que la loi décide comment la nommer.
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