Kalana : derrière les chemises suspendues, un point de chute pour stupéfiants

Au marché hebdomadaire de Kalana, certains stands disparaissent aussi vite qu’ils apparaissent. Celui-là, personne ne s’en méfiait vraiment. Une bâche fatiguée, deux portants, des chemises suspendues qui prennent la poussière. Le vendeur parlait peu. Il laissait les clients fouiller. Mais il y avait un détail qui dérangeait. Des passages éclairs. Des types qui s’approchaient sans regarder les vêtements, échangeaient quelques mots à voix basse, puis repartaient aussitôt. Pas de marchandage. Pas d’hésitation. Quelqu’un a fini par signaler.

Le 3 avril 2026, l’info remonte jusqu’à l’antenne de Office Central des Stupéfiants à Bougouni. Le Danséni Koné décide d’envoyer une équipe sans attendre.

Quand les agents arrivent, le kiosque est ouvert. Les habits sont là. Le vendeur, lui, s’est volatilisé. Un riverain affirme l’avoir vu partir précipitamment, en contournant les étals derrière.

« Il n’a même pas fermé. Il a juste disparu. »

La fouille commence devant quelques curieux. Les policiers déplacent les piles de jeans, secouent les chemises. Rien. Puis l’un d’eux se penche. Sous le comptoir, une planche légèrement surélevée. Pas fixée.

Dessous, un sac de voyage. À l’intérieur, le décor change complètement.

Une arme artisanale, type pistolet, modifiée. Une cartouche rangée à part. Et surtout, des produits soigneusement répartis, presque prêts à être vendus sans perdre de temps.

Les agents détaillent :

— 300 comprimés de Tramadol, alignés par plaquettes,

— environ 0,30 kg de kush, emballé en portions,

— 150 sachets de cannabis déjà dosés,

— 100 paquets de rezila.

Ce n’est pas du stockage brut. C’est du conditionnement pour écoulement rapide. Un policier lâche, en regardant les sachets : « Là, c’est prêt. Tu ouvres, tu vends. Pas besoin de préparer ».

Le choix du marché n’a rien d’un hasard. À Kalana, les jours d’affluence, ça bouge dans tous les sens. Les visages changent, les vendeurs aussi. On ne suit pas.

Le kiosque faisait le reste. Les habits servaient de couverture. L’activité principale se passait en dessous, à l’abri des regards pressés.

Un habitué du marché explique : « Ici, quelqu’un peut vendre pendant des semaines sans que tu saches vraiment qui il est ».

Le suspect court toujours. Mais sa manière de disparaître en dit long. Il surveillait. Il savait qu’un contrôle pouvait tomber.

Pour les enquêteurs de l’Office Central des Stupéfiants, ce kiosque n’est probablement qu’un point dans un circuit plus large. Les quantités, l’organisation… difficile d’imaginer un acteur isolé.

Ce genre de montage revient de plus en plus : une activité simple en façade, une autre derrière. Parfois un vendeur de cartes SIM, parfois un réparateur de téléphones. Cette fois, des vêtements.

Sous la direction du Colonel-Major Fousseyni Keïta, les équipes multiplient les interventions basées sur des signaux faibles. Une rumeur, un comportement suspect, un détail.

À Kalana, c’est ce détail qui a fait tomber le kiosque.

Les chemises sont toujours là. Elles flottent au vent comme si rien ne s’était passé. Mais ceux qui ont vu le sac savent désormais que, juste en dessous, ce n’était pas un simple commerce.


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