Tous malades ! Les hôpitaux ne désemplissent plus. Les centres de santé de référence et communautaire sont régulièrement pris d’assaut. De longues files se forment constamment devant les officines de pharmacie. Les herboristes (vendeurs de plantes recommandées par les tradithérapeutes) se frottent les mains car peu de Maliens ont aujourd’hui les moyens de payer les médicaments à la pharmacie quand tu n’es pas à l’AMO. « Tout le monde est malade en ce moment. Je ne sais pas pourquoi ?», s’interroge une vieille mère de famille. La première raison se trouve dans nos assiettes ! Nous ne mangeons plus sain. Nous ne nous nourrissons plus, nous nous empoisonnons plutôt.
Prenons les condiments, quel est ce produit qui n’est pas mélangé à autre chose pour accroître les gains ? Sans compter les méfaits des assaisonnements. Les légumes et les tubercules ont perdu leur valeur nutritive à cause de l’usage abusif des engrais. « À l’enfance, on se délectait des pommes de terre, des ignames et des patates bouillies. Aujourd’hui, ce n’est plus possible parce que ça n’a plus de goût à cause des engrais », déplore un cadre originaire de la région de Sikasso. « Dans le temps, on pouvait garder les tubercules pendant des semaines sans qu’elles ne pourrissent. Aujourd’hui, cela n’est pas possible », ajoute-t-il.
Tout comme les difficultés du moment (galère, chômage, insécurité…) favorisent le stress et l’anxiété qui affectent notre santé mentale… La détérioration de la santé est principalement causée par une mauvaise hygiène de vie (tabac, alcool, sédentarité, alimentation déséquilibrée), des facteurs environnementaux (pollution, stress, conditions de travail) et des facteurs biologiques (génétique, âge). Ces éléments combinés favorisent les maladies chroniques, le surpoids et les troubles de santé mentale. Selon les spécialistes, la détérioration de la santé mentale résulte d’une interaction complexe de facteurs biologiques (génétique), psychologiques (traumatismes, stress chronique) et environnementaux. Les causes principales incluent l’isolement social, la précarité financière, le stress professionnel (burn-out), l’exposition aux médias négatifs et la surcharge numérique. Ces éléments favorisent l’anxiété et la dépression.
Se soigner n’est pas donné à tout le monde, d’autant plus que notre santé est malheureusement devenue un fonds de commerce pour les agents de santé, les pharmaciens… « Payer son ordonnance quand on est pas à l’AMO, c’est la croix et la bannière. Depuis que ce régime a été instauré dans notre pays, les prix des médicaments n’ont pas cessé de prendre l’ascenseur. On a l’impression que les pharmaciens augmentent les prix à leur guise. De toutes les manières, c’est l’État qui trinque. Sauf que le pourcentage des Maliens non inscrits à l’AMO dépasse de loin les bénéficiaires de ce régime », constate un enseignant. « Le Cutacnyl est une crème dermatologique que je paye fréquemment pour l’un de mes garçons. Ce produit est subitement passé de 2 750 à 3 500 F CFA. Quand j’ai demandé au vendeur ce qui explique cette soudaine hausse, il n’avait pas d’argument », nous explique un père de famille. Comme lui, certainement que le vendeur ignore aussi comment les prix sont fixés.
Le ballet incessant des délégués médicaux ou de leurs ravissantes et souriantes commerciales en dit long aussi du bénéfice que les uns et les autres tirent de notre santé. La prescription se ferait souvent en fonction des intérêts financiers en jeu ou pour les beaux yeux de ces sirènes et non pour l’efficacité des médicaments.
« J’ai l’impression que les malades issus des familles aisées deviennent des vaches laitières pour les cliniques privées. On fait tout pour les garder le plus longtemps possible en leur faisant subir toutes sortes d’analyses », nous confie un jeune cadre dont la femme est fréquemment hospitalisée dans une célèbre clinique de la capitale sans qu’on sache de quoi elle souffre exactement.
Le temps ne cesse de donner raison au Professeur de médecine Ali Nouhoum Diallo qui, dans une récente (29 mars 2026) interview accordée à la Web TV « Versus + », disait : « Si jamais vous privatisez la santé, les cliniques deviendront des boutiques pour sucer le sang des malades. Et les établissements nationaux seront des mouroirs. Quand on va sucer le sang du malade jusqu’à ce qu’il n’ait plus d’argent, on l’oriente vers les hôpitaux nationaux…». Des propos tenus en 1979 quand le ministre de la Santé (Missa Koné à l’époque) a voulu réformer le secteur. Avec Mohamed Chérif Haïdara (urologue) et Adama Doumbia (chirurgien), ils étaient les trois professionnels à s’opposer à la privatisation de la santé.
« Quand tu es dans une société marchande, une société commerciale, et que tu privatises la santé, tu vas transformer les cliniques en boutiques… Et des spécialistes vont rabattre les malades vers leurs cliniques », a-t-il argumenté lors de ladite interview sur « Versus + » le 29 mars 2026. Notre santé est donc au cœur d’un gigantesque business financier dont les industries pharmaceutiques sont sans doute les plus grands bénéficiaires car contrôlant souvent même les résultats des recherches sur de nombreuses maladies, notamment le paludisme, le cancer, le diabète…
C’est pourquoi la découverte de vaccins contre ces maladies et l’accès équitable aux soins pour tous reste un immense défi à relever !
Moussa Bolly
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