Boire à sa soif ! Satisfaire ses besoins en eau ! Une équation qui est devenue la quadrature du cercle avec des besoins qui ne cessent de croître au fil des décennies alors que les investissements ne suivent pas forcément. Cela malgré les engagements des autorités et l’appui des acteurs intervenant dans le domaine de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement. Malheureusement, l’insécurité est venue se greffer à cette équation. Comme d’habitude, la célébration de la Journée mondiale de l’eau le 22 mars a permis à des organisations humanitaires de sonner l’alerte sur les besoins criards d’accès à l’eau potable, dans leurs zones d’intervention affectées par la crise sécuritaire.
« L’eau, source d’égalité » ! Tel était le thème cette année de la « Journée mondiale de l’eau » célébrée le 22 mars 2026. Une thématique qui vise à mettre en exergue l’équité dans l’accès à l’eau potable, la gestion durable des ressources hydriques. L’ambition affichée par le gouvernement est de promouvoir l’accès équitable à l’eau, de renforcer les infrastructures hydrauliques (conformément au Plan d’action 2025-2026). Les autorités maliennes nourrissent visiblement l’ambition de « réduire les inégalités d’accès », notamment pour les femmes et les jeunes filles. Ironie du sort, cette journée a été célébrée alors que de nombreux quartiers de la capitale ont toutes les peines du monde à satisfaire leurs besoins en eau.
« Nous pouvons souvent faire 24 heures sans une goutte d’eau au robinet. Généralement, il faut veiller tard pour avoir de l’eau parce que le robinet coule fréquemment entre 2h et 5h du matin, rarement jusqu’à 6 heures du matin », nous a récemment confié un père de famille qui se charge de cette corvée nocturne pour soulager son épouse et l’aide-ménagère. Beaucoup de témoignages recueillis dans la capitale ont abondé dans le même sens.
Si l’eau est encore un luxe pour des Bamakois, qu’en est-il alors pour les populations de l’intérieur en cette période de canicule ? Toujours est-il que, si l’accès à l’eau est un droit fondamental et un levier de développement, le taux d’accès à l’eau potable au Mali serait de 75,4 %. Selon l’Ong Médecins sans frontières (MSF), près du tiers de la population africaine (plus de 400 millions de personnes) ne dispose toujours pas d’un accès même basique à l’eau potable.
Une situation aggravée au Mali par l’enlisement de la crise qui contribue à la détérioration des conditions de vie des populations locales dont l’accès aux services sociaux de base est limité, y compris les besoins en eau. Tout comme le départ des acteurs humanitaires, intervenant dans le domaine de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement, ainsi que les effets du dérèglement climatique restreignent ce recours à l’eau dont l’accès équitable serait une priorité du gouvernement depuis des décennies.
Les efforts nationaux sont heureusement renforcés par les interventions des Ong. Ainsi, face aux besoins croissants, MSF a intégré la fourniture d’eau aux populations affectées sur ses zones d’intervention ces deux dernières années. Elle fournit par exemple plus de 1,5 million de litres d’eau aux réfugiés de Koro par mois. Et cela grâce aux 15 points d’eau installés et financés par cette organisation. En 2025, c’est près de 19 millions de litres d’eau qui ont été fournis aux réfugiés par MSF pour un coût estimé à 18 000 000 FCFA.
« Dans des situations de crise, les composantes de la réponse humanitaire sont interdépendantes et interconnectées. Or ces derniers temps, nous constatons moins d’acteurs intervenant dans le domaine de l’eau, hygiène et assainissement. Comme nous le savons, il ne saurait y avoir de santé sans un accès à l’eau potable. Ainsi, en fonction des besoins, nous nous voyons dans l’obligation de remplir le gap et de faciliter cet accès à l’eau potable aux populations bénéficiaires, soit en réhabilitant les forages d’eau, soit en construisant de nouveaux ou encore en acheminant par camions-citernes », explique Aïva M. Noelsaint, cheffe de mission de MSF au Mali, dans un dossier de presse consacré à la question.
Cependant, cette précieuse réponse est loin de couvrir les besoins, car Koro est confronté à un problème structurel en matière d’accès à l’eau bien avant. « Nous lançons un appel aux autres acteurs de se mobiliser pour assurer la continuité des services d’eau, d’hygiène et d’assainissement auprès des réfugiés. MSF voudrait se focaliser davantage sur l’assistance médicale en appui aux autorités sanitaires », lance-t-elle.
Sur les projets de Niono et de Tombouctou, dix forages d’eau ont été réhabilités et équipés par MSF pour un coût de plus de 67 millions de francs CFA. Sur ceux d’Ansongo et de Koro, 2 forages ont été réhabilités pour un coût avoisinant les 24 millions de francs CFA. « Le principal défi que nous rencontrons est le manque d’accès à certaines zones ainsi que de personnel local qualifié et disponible pour la construction et la maintenance de forages d’eau. L’accès à certaines zones reste limité à cause de l’insécurité et d’autres facteurs. MSF n’est jamais parvenue, par exemple, à finaliser le forage de Hourara dont les travaux avaient commencé en 2022 dans le cercle d’Ansongo », déplore Aïva M. Noelsaint.
Autant dire que l’insécurité est venue compliquer une équation déjà difficile à résoudre.
Hamady Tamba
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