La présidentielle s’est tenue dans un contexte de répression politique et de chômage massif. Le sortant, à la tête du pays depuis bientôt trente ans, avait d’abord annoncé qu’il passerait la main en 2026, mais une révision constitutionnelle a finalement levé la limite d’âge des candidats, lui permettant de se représenter.

Le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, vote à Djibouti, le 10 avril 2026. LUIS TATO/AFP
Le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, a été réélu, samedi 11 avril, avec 97,81 % des voix, selon les résultats officiels complets de la présidentielle. Il s’agit de son sixième mandat à la tête de ce territoire de la Corne de l’Afrique qu’il dirige depuis bientôt trente ans.
Quelques heures auparavant, il avait posté sur son compte X un portrait de lui, orné de son nom, avec la mention : « Réélu », alors que n’avaient été publiés jusqu’ici que des premiers résultats officiels très partiels, portant sur à peine 6 % des inscrits au niveau national.
Son adversaire, Mohamed Farah Samatar, président du Centre démocrate unifié (CDU, un parti sans élu au Parlement) et personnalité peu connue de ses concitoyens, rassemble seulement 2,19 % des voix, selon les chiffres publiés par le ministère de l’intérieur et qui doivent être validés par le Conseil constitutionnel.
Forte Abstention
Un peu plus de 256 000 citoyens étaient appelés aux urnes. A la clôture du scrutin, le taux de participation variait entre 36 % et 58 % dans quelques bureaux visités par l’Agence France-Presse (AFP), allant toutefois jusqu’à plus de 90 % dans un bureau où votaient des militaires.
Après s’être présentés au compte-gouttes une bonne partie de la journée, les électeurs ont été un peu plus nombreux en fin d’après-midi dans les bureaux de vote de la capitale – où vivent 71 % des Djiboutiens –, sans qu’ils aient néanmoins eu besoin de faire la queue.
En 2021, lors d’une présidentielle largement boycottée par l’opposition, le chef de l’Etat avait été réélu avec plus de 97 % des voix.
Dette importante
Cette ancienne colonie française, où l’islam est religion d’Etat, borde le détroit de Bab Al-Mandab, qui donne accès à la mer Rouge par le golfe d’Aden et par lequel transite une grande part du commerce entre Asie et Occident.
A la tête du pays depuis 1999 – l’un des moins peuplés du continent avec un peu plus d’un million d’habitants –, Ismaïl Omar Guelleh a su faire fructifier la position géographique de Djibouti, dans une Corne de l’Afrique par ailleurs troublée et théâtre de luttes d’influence étrangères. Sur ses 23 000 km², le territoire accueille des bases militaires de cinq puissances (France, Etats-Unis, Chine, Japon, Italie), engendrant d’importants bénéfices financiers, mais aussi sécuritaires et politiques.
Cependant le pays, dont 70 % des jeunes sont au chômage, est pénalisé par un climat aride peu propice à l’agriculture (environ 1 % du PIB), Djibouti ayant misé, au prix d’une importante dette, surtout vis-à-vis de la Chine, sur le développement des activités portuaires, qui représentent désormais 70 % de son PIB mais le rendent dépendant des soubresauts régionaux, notamment en Ethiopie dont les marchandises représentent l’écrasante majorité du trafic.
Opposition « muselée »
Ismaïl Omar Guelleh avait annoncé qu’il passerait la main en 2026, mais une révision constitutionnelle en novembre 2025 a levé la limite d’âge des candidats à la présidentielle. Son entourage justifie cette nouvelle candidature par une nécessaire « stabilité » dans une région troublée. Des analystes l’estiment surtout motivée par les risques de fracturation du régime que fait peser l’absence de successeur faisant l’unanimité.
Les autorités djiboutiennes sont régulièrement critiquées pour la répression des voix dissidentes. L’opposition, fragmentée et « muselée », selon la Fédération internationale des droits de l’homme, est inaudible.
Le pays pointe au 168e rang sur 180 du classement 2025 sur la liberté de la presse de l’ONG Reporters sans frontières (RSF), qui décrit un « paysage médiatique (…) complètement verrouillé » et se limitant « presque exclusivement aux médias d’Etat ».
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