Guinée Bissau: Hypothèque sur la transition Politique ?

Pour les plus optimistes, jamais la transition en Guinée-Bissau n’a été aussi mise à l’épreuve, si l’on en croit la récente sortie de l’opposition réunie, suite à la récente visite le 26 juin 2026 d’une mission de la CEDEAO, dépêchée à Bissau, pour, dit-on, dialoguer et faire l’évaluation des recommandations issues du dernier sommet de la CEDEAO concernant le pays.

Il s’agissait, pour rappel, de faire une évaluation des principales mesures consignées aux points 38, 39, 40 et 41 du communiqué final dudit sommet. Autrement dit, la libération des acteurs politiques qui étaient détenus suite au coup d’État du 26/11/2025, d’une part, la création des conditions devant garantir la pleine participation de ces derniers au processus en cours, sans oublier la garantie de la sécurité des leaders politiques par la mission de stabilisation de la CEDEAO, d’autre part, et enfin, l’instauration d’ores et déjà d’un gouvernement de transition inclusif pour une courte durée.

Pour autant, cette mission était salutaire au regard des derniers développements de la situation post coup d’État, sauf que la mission n’a réservé ses consultations qu’à la seule junte au pouvoir ; ce qui a suscité une réaction comme jamais auparavant, vis-à-vis de l’institution régionale qui, il est vrai, n’a pas été toujours à l’aise sur le territoire bissau-guinéen. L’on se rappelle que pour les mêmes raisons, une mission de bons offices avait déjà été éconduite sans délai par l’ancien président Umaro Sissoco Emballo, en février 2025.

Cette récente lettre ouverte du 2 juillet 2026, adressée au président en exercice de la CEDEAO, le Sierra-Léonais Julius Maada Bio, et au Président de la Commission de la CEDEAO et à celui de l’Union africaine, aux chefs d’État et au représentant spécial de l’UA à Bissau, signée par les deux grandes coalitions à savoir API-Cabaz Garandi et PAIGC Terra Ranka, sonne comme un désaveu de la mission, qui s’est déroulée le 26 juin 2026, tant les griefs qui y sont attachés touchent les fondements du statu quo que les chefs d’État avaient obtenu pour conduire la transition à son terme.

En effet, dans l’agenda acté par la dernière conférence des chefs d’État et de gouvernement du 14 décembre 2025 à Abuja, il était question de principales mesures devant conduire à des élections libres et transparentes, que l’actuelle junte a fixées au mois de décembre 2026.

Au regard de ces points et de la réalité en Guinée-Bissau, force est de reconnaitre que l’approche choisie par la mission conduite par le Ministre des Affaires étrangères de la Sierra Leone risque d’hypothéquer les chances d’un retour à un ordre institutionnel normal, avec tous les acteurs, à court terme. Pis la CEDEAO, qui connait quelques signes de fragilité depuis ses errements lors des évènements, qui ont conduit au départ des pays de l’AES, voit ainsi sa crédibilité mise en doute du fait des prises de position du porte-parole du conseil des ministres, qui prennent le contrepied des positions des chefs d’État.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment une transition inclusive pourrait se tenir, alors que les acteurs politiques les plus éminents, du fait de l’interdiction des activités politiques sur le territoire, sont contraints, et que le principal vainqueur de la présidentielle qui a avorté, Fernando Dias da Costa, est interdit de sortie du pays ? Donner un satisfecit au processus mis en œuvre par la junte devient problématique dans ce contexte.

Aujourd’hui, les deux grandes coalitions qui regroupent pratiquement tous les partis et acteurs politiques, par la virulence des propos utilisés dans leur déclaration rendue publique, soulèvent des questions cruciales qu’une mission de cette nature ne pourrait ignorer. Il urge de corriger le tir !

Source : AllAfrica


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