Bénin: Boni Yayi opère un virage tactique et accepte de siéger au Sénat

C’est un réalignement politique majeur à Cotonou. Alors qu’il s’était positionné en opposant le plus virulent à la création du Sénat lors de la révision constitutionnelle de fin 2025, Thomas Boni Yayi change radicalement d’option. Dans un message adressé aux Béninois ce mercredi 22 juillet 2026, l’ancien chef de l’État a confirmé qu’il occupera le siège de sénateur que lui confère la loi fondamentale. Il justifie ce revirement par la nécessité urgente de réintroduire de la contradiction au sein d’un paysage institutionnel verrouillé.

La volte-face de l’ancien président marque les esprits par sa soudaineté. D’après un rapport d’information publié par l’agence APAnews le 22 juillet 2026, Thomas Boni Yayi est revenu sur sa décision catégorique de boycotter la nouvelle chambre haute du Parlement. L’ex-dirigeant s’était pourtant distingué en s’opposant fermement au projet de loi instituant le bicamérisme, dénonçant à l’époque une réforme inutile et contraire aux équilibres démocratiques historiques du pays.

Pour expliquer sa volte-face, l’ancien magistrat suprême s’appuie sur la stricte légalité républicaine. En vertu des dispositions de l’article 113-3 de la Constitution révisée en décembre 2025, les anciens présidents de la République figurent parmi les membres de droit du Sénat, dont l’effectif global oscille entre 25 et 30 parlementaires. Rejetant toute accusation d’opportunisme politique, Boni Yayi martèle qu’il ne s’agit pas d’une démarche personnelle mais de l’accomplissement d’un devoir prescrit par le texte fondamental.

La décision de l’ancien chef d’État trouve son explication dans la dégradation continue du climat politique national.

Dans son adresse publique, Boni Yayi souligne que l’environnement s’est considérablement dégradé depuis le vote de la réforme, pointant du doigt l’émergence d’une représentation nationale « monocolore » et le verrouillage progressif des canaux habituels de négociation.

Face à ce constat de fermeture de la scène publique, l’ancien président estime que la politique de la chaise vide n’est plus soutenable pour l’opposition. Le Sénat, bien que contesté dans sa genèse, devient à ses yeux le dernier recours institutionnel pour instaurer un espace de concertation directe, réactiver le débat d’idées et décrisper les relations entre le pouvoir et ses contradicteurs. En intégrant la chambre haute aux côtés des autres membres de droit et des personnalités désignées, Boni Yayi entend transformer son mandat en instrument de veille démocratique. Il s’engage à faire de cette institution un lieu de défense des libertés publiques, de l’état de droit et de la cohésion nationale, promettant d’y porter avec fermeté les revendications et les attentes de la population béninoise.

Cette décision intervient à quelques jours de la session inaugurale du Sénat, fixée au 30 juillet 2026, et redéfinit les forces en présence. En acceptant d’y occuper son siège, Thomas Boni Yayi pourrait également peser sur les arbitrages internes, alors que la présidence de cette nouvelle chambre, réservée par la Constitution aux seuls anciens chefs de l’État, fait l’objet de vives spéculations quant à une candidature de Patrice Talon.

Source : AllAfrica


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