HAROUNA NIANG, ÉCONOMISTE ET ANCIEN MINISTRE : « La sécurité et le développement sont les deux piliers indissociables d’une paix durable »

Pour Harouna Niang (économiste et ancien ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des Investissements du Mali), la décision des présidents Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune de rétablir les relations diplomatiques entre le Mali et l’Algérie, de permettre le retour des ambassadeurs et de rouvrir les espaces aériens constitue une excellente nouvelle pour les deux pays et pour l’ensemble du Sahel et de l’Afrique. Je voudrais saluer la sagesse, la maturité politique et le sens élevé des responsabilités dont ont fait preuve les deux chefs d’État en choisissant la voie du dialogue pour dépasser leurs divergences.

Le rétablissement des relations diplomatiques entre le Mali et l’Algérie est « une décision qui dépasse largement le cadre des relations bilatérales », a indiqué l’ancien ministre malien (Industrie, Commerce et Promotion des investissements) Harouna Niang, dans une récente tribune. Selon lui, « elle (décision) adresse un message fort à l’Afrique et au monde : même les différends les plus sensibles peuvent être résolus lorsque les dirigeants privilégient le dialogue, placent l’intérêt supérieur de leurs peuples au-dessus des considérations conjoncturelles et restent attachés aux principes qui fondent les relations internationales ».

Toutefois, a-t-il apporté comme bémol, « le rétablissement des relations diplomatiques n’est pas une fin en soi. Il constitue le commencement d’une nouvelle étape. Les peuples du Mali et de l’Algérie n’attendent pas uniquement le retour des ambassadeurs. Ils attendent surtout des résultats. Ils attendent que cette nouvelle dynamique contribue concrètement à améliorer la sécurité, à restaurer la paix et à accélérer le développement économique et social du Sahel ».

Pour M. Niang, « le véritable défi auquel nos deux pays sont confrontés demeure inchangé. Le terrorisme continue de menacer les populations. L’économie criminelle continue de prospérer dans plusieurs espaces sahéliens. Les trafics d’armes, de drogues, de carburant, de migrants et d’autres activités illicites alimentent l’insécurité et fragilisent les États. Ces phénomènes dépassent largement les frontières nationales. Aucun pays ne peut espérer les combattre efficacement seul ». Et d’indiquer que « la reprise de la coopération entre le Mali et l’Algérie doit donc s’accompagner d’un partenariat sincère, pragmatique et efficace dans le domaine de la sécurité. Le partage du renseignement, la coordination des actions aux frontières, la lutte contre les réseaux criminels, l’assèchement des sources de financement des groupes terroristes et le renforcement de la coopération judiciaire doivent redevenir des priorités communes ».

Aussi bien à Alger qu’à Bamako, on doit prendre conscience que « la sécurité, à elle seule, ne suffira pas » à ramener la paix à leurs frontières. « Les victoires militaires demeurent fragiles lorsqu’elles ne sont pas accompagnées d’un développement économique et social durable. Le terrorisme prospère là où les populations vivent dans la pauvreté, l’exclusion, le chômage et l’absence de perspectives. La paix durable ne se construit donc pas uniquement avec des moyens militaires. Elle se construit aussi avec des écoles, des centres de santé, des routes, de l’électricité, de l’eau potable, des entreprises, des investissements et des emplois. Autrement dit, la sécurité et le développement sont les deux piliers indissociables d’une paix durable. Une coopération renouvelée entre le Mali et l’Algérie devrait ainsi dépasser la seule dimension diplomatique ».

Ce dégel doit dont être mis à profit par Bamako et Alger pour écrire ensemble une grande page de coopération sécuritaire, économique et humaine. L’ancien ministre et analyste clairvoyant est convaincu  que « cette coopération ne profitera pas seulement à nos deux pays. Elle bénéficiera à l’ensemble du Sahel et au delà. Car un Sahel plus sûr est aussi un Sahel plus attractif pour les investissements, plus favorable à la création d’emplois et plus propice à un développement durable ». Et Harouna Niang de conclure, « la diplomatie ouvre les portes de la paix. La sécurité les protège. Le développement durable est celui qui les maintient durablement ouvertes… » !

H.Tamba


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