MALI-ALGERIE: Le grand dégel diplomatique, une chance historique pour relancer la paix au Sahel

Après plus d’une année de tension diplomatique et militaire, le Mali et l’Algérie ont annoncé la reprise des relations le 10 juillet 2026. Ce dégel a été officialisé par l’annonce du gouvernement malien de sa décision de renvoyer son ambassadeur à Alger et d’autoriser à nouveau les avions civils et militaires en provenance ou à destination de l’Algérie. Le même jour, Alger a annoncé des mesures similaires. Pour Crisis Group (une ONG internationale à but non lucratif créée en 1995), maintenant que le réchauffement est acté, les deux pays doivent poser des actes pour consolider la « détente ».

Presque une semaine après leurs annonces simultanées (le 10 juillet 2026), la reprise diplomatique semble effective entre Bamako et Alger après plus d’un an de crise diplomatique. Ainsi, l’ambassadeur du Mali à Alger, le Général Mohamed Amaga Dolo, serait retourné à son poste jeudi dernier (16 juillet). Sa nomination et son installation (il avait présenté ses lettres de créance au président Abdelmadjid Tebboune le 18 mars 2025) à Alger au début de 2025 avaient donné un premier signal de reprise. Cette dynamique avait été malheureusement interrompue quelques semaines plus tard par la destruction d’un drone militaire malien dans la zone frontalière de Tinzaouatène, durant la nuit du 31 mars au 1ᵉʳ avril 2025. De l’autre côté, l’ambassadeur d’Algérie, M. Kamel Retieb, aurait aussi reçu les instructions nécessaires pour revenir occuper son poste à Bamako.

Mais, selon des observateurs, le « différend autour du drone malien reste sensible ». Pour l’International Crisis Group (une ONG internationale à but non lucratif créée en 1995), dans un rapportpublié mercredi dernier (15 juillet 2026), « les deux voisins devraient consolider cette détente pour renforcer leur coopération, à l’heure où le Mali fait face à la menace croissante des groupes armés séparatistes et jihadistes ». Faisant la genèse de la crise qui connaît aujourd’hui un dégel, cette organisation rappelle que « le tournant souverainiste du régime malien, l’offensive de l’armée et de ses alliés russes contre les rebelles du nord et la présence en Algérie de figures maliennes hostiles à Bamako ont provoqué une rupture ». Le réchauffement est bien accueilli par des observateurs, à condition qu’il permette aux deux pays de réellement tourner la page et d’amorcer un partenariat sincère et judicieux. 

« Cette évolution est positive, car la brouille a fragilisé la coopération bilatérale à l’heure où le Mali fait face à la menace croissante des groupes séparatistes et jihadistes, dont les attaques conjointes d’avril ont ébranlé le pouvoir », a souligné Crisis Group. Pour cette ONG, « un changement de cap est possible. Avec l’aide de médiateurs africains, Alger et Bamako devraient approfondir leur rapprochement, en commençant par sécuriser leur frontière commune longue de près de 1 400 kilomètres au cœur d’un vaste espace saharien faiblement peuplé. Ils devraient ensuite collaborer à une résolution du conflit au Mali fondée sur le dialogue avec tous les belligérants. Alger devrait convaincre Moscou et Ankara de soutenir cette dynamique ».

L’apaisement dans les relations diplomatiques est d’autant souhaitable que les populations frontalières, majoritairement des Touaregs, sont « unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques ». Et pendant plus de trois décennies, l’Algérie a joué un rôle central de médiation entre Bamako et les groupes séparatistes qui ne cessent de prendre les armes pour se faire entendre depuis l’indépendance du Mali, en 1960. « Cet engagement s’inscrit dans la crainte historique d’Alger de voir se structurer un mouvement transnational regroupant les Touareg du Mali, du Niger, de la Libye et de l’Algérie autour d’un projet indépendantiste plus large », précise l’ONG.

N’empêche que les différentes médiations algériennes n’ont permis ni d’endiguer la violence ni de traiter les causes profondes des soulèvements. Surtout, la dernière d’entre elles, qui avait abouti à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali (APR, signé à Bamako en 2015), issu d’un processus de négociation à Alger. Censé mettre fin à l’insurrection séparatiste de 2012 sur fond de montée en puissance des groupes jihadistes dans la région, il a fini par symboliser, aux yeux de Bamako, une forme de tutelle étrangère. Pour une large partie de l’opinion nationale, l’APR était devenu une camisole de force et aussi un moyen de chantage pour les responsables de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). On comprend alors aisément que, le 25 janvier 2024, les autorités maliennes aient annoncé la fin de sa mise en œuvre avec effet immédiat…

Jeter les bases d’un nouveau partenariat pour endiguer l’escalade de violences

Bamako et Alger ont annoncé le 10 juillet la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs aux lendemains de la défaite cuisante infligée par les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs partenaires aux terroristes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) d’Iyad Ag Ghali grièvement blessé dans les combats. « Pour mettre fin à l’escalade de violences, Bamako et Alger devraient, avec l’aide de médiateurs africains, consolider leur rapprochement afin de jeter les bases d’un nouveau partenariat visant à assurer la sécurité de leur espace transfrontalier commun », préconise Crisis Group.

Et de poursuivre, « les deux capitales devraient ensuite œuvrer à un règlement négocié du conflit malien, en y associant l’ensemble des belligérants. À cette fin, Bamako devrait ouvrir des discussions avec les groupes armés, séparatistes comme jihadistes, conformément aux recommandations des multiples plateformes de dialogue tenues dans le pays au cours de la dernière décennie ». Interlocutrice clef de certains groupes armés du nord du Mali, Alger devrait soutenir Bamako dans ce processus. Tout comme l’Algérie devrait intensifier son plaidoyer auprès de la Russie et de la Turquie, deux pays avec lesquels elle entretient de bonnes relations, afin de « les convaincre de la nécessité d’une solution politique à la crise ».

En tout cas cette ONG est convaincue que « le dégel apparent entre Alger et Bamako constitue un signal encourageant. Les deux capitales devraient mettre à profit cette dynamique pour créer les conditions d’un réengagement progressif et pragmatique permettant de redonner sa place à la dimension politique de la paix au Sahel ».

Hamady Tamba


En savoir plus sur FASSO ACTU

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *