SOUVERAINÉTÉ ET PANAFRICANISME : Identifier et se débarrasser des « ânes chargés de bouquins » de l’impérialisme pour une émancipation effective

Du 17ᵉ siècle, début de l’ère industrielle, au 21ᵉ siècle, le monde a connu plusieurs variantes du néolibéralisme. La doctrine de la liberté des marchés a connu deux variantes. La première, l’officielle, est imposée à ceux qui ne peuvent se défendre. On pourrait appeler cela la « doctrine réellement existante », autrement dit : la rigueur des marchés est bonne pour vous, mais pas pour moi, sauf si cela me procure un avantage temporaire. C’est elle qui règne depuis le 17ᵉ siècle. Un siècle après les Anglais, les Américains empruntèrent eux aussi le chemin de l’internationalisme libéral. Comme toujours la condition est de ne tolérer que des développements complémentaires et non concurrentiels. Même dans le cas d’interventions de grande ampleur comme l’aide du plan Marshall à l’Europe fut conditionnée par l’achat de produits agricoles américains. Ce qui explique en partie que, dans le commerce mondial des céréales, la part des États-Unis soit passée de moins de 10 % avant la guerre à plus de 50 % en 1950. Vouloir s’y opposer, c’est se retrouver (comme le dit le chanteur) dans la position du « blagueur tué ». Une situation inconfortable dans laquelle se retrouve aujourd’hui la Confédération Alliance des États du Sahel (AES).

Face à l’Afrique, l’OTAN attribue à l’Europe les prérogatives des 5 monopoles Néo-libéraux américains de domination du monde, y compris ses alliés européens, en ce 21 siècle. Il s’agit notamment du contrôle des technologies de pointe ; de l’accès aux ressources naturelles de la planète ; du système monétaire et financier intégré à l’échelle mondiale, des systèmes de communication et d’information, et des armements de destruction massive. L’Europe s’est enrichie par le pillage du reste du monde. Elle maintient notamment sa prospérité par le pillage de l’Afrique. Tant que les élites européennes continueront à penser et agir dans les paradigmes et méthodes de prédation impérialiste, l’Afrique ne sera pas en paix.

Aujourd’hui, les Africains se battent pour s’affranchir de ce joug du sous-développement. La fondation de la Confédération Alliance des États du Sahel le 6 juillet 2024 l’atteste éloquemment. Pour ce faire, nous devons toujours avoir à l’esprit cet adage selon lequel « quiconque veut comprendre le passé et façonner l’avenir aurait intérêt à examiner avec attention non seulement la pratique, mais aussi le cadre doctrinal qui la soutient ». À nous donc de concevoir et de bâtir la nouvelle Afrique dans une lutte de longue haleine portée par une culture de déconnexion. Il serait déjà judicieux de découvrir les vrais visages de nos ennemis (intérieur et extérieur). L’ennemi de l’intérieur a le visage de ceux qui se battent pour sauver leurs têtes et leurs fortunes (civils et militaires)… Ils sont les agents des puissances impérialistes. Comme aujourd’hui, les mouvements pseudo-jihadistes qui ne sont qu’une fabrication des puissances occidentales qui ont créé Al-Qaïda au Pakistan et Daesh en Irak. L’Algérie est à la base de la création d’Ançar Edine. Ces réseaux criminels sont les relais des puissances occidentales ou régionales qui convoitent les richesses de nos pays et veulent contrôler notre territoire national comme zone d’influence et profondeur stratégique.

Pour des raisons diverses, l’opposition politique classique peut être aussi assimilée à un ennemi de l’intérieur. Et cela d’autant plus que la majorité de ces courants oppositionnels constitue les multiples relais de l’impérialisme libéral occidental. Ils sont opportunistes et serviles, adaptables à tout régime vassal de la France et de ses alliés comme 5e colonne.

« Il y a de mauvais Maliens qui vivent au Mali, mais leur manière de penser, de sentir et d’agir (capacité de raisonnement) est détenue par les Européens ; d’autres ont la leur détenue par les Arabes », a dénoncé le chanteur Youssouf Tapo dans l’une de ses chansons. Une attitude sans doute liée au poids de la triple aliénation culturelle, politique et économique de 5 siècles d’oppression. La chanson de l’artiste le résume de façon magistrale.

Forces de la transition face aux manœuvres de déstabilisation

Tous ces « savants » qui résonnent dans les logiciels du maître et dans son intérêt sont ces intellectuels que le président Kwame Nkrumah qualifiait « d’ânes chargés de bouquins ». Ce sont ces esclaves de maison qui ne peuvent pas passer d’objet à sujet de l’histoire, de leur propre histoire. Malheureusement pour l’Afrique, la majorité des acteurs politiques africains reste cloîtrée dans cette situation, incapable de faire la moindre analyse dialectique de discernement des contradictions qui opposent l’Afrique à l’oppression impérialiste.

Le manque d’engagement de ces courants et leur soumission volontaire aux diktats directs ou indirects de l’impérialisme empêchent l’amplification de la mobilisation de beaucoup de patriotes, voire l’entravent ou la paralysent comme pesanteur sociale et dissolvant idéologique (absence de confiance en nos propres forces, surestimation des ennemis extérieurs).

 Heureusement que dans les pays de l’AES, les dirigeants de la transition ne manquent pas d’atouts et de détermination pour étouffer dans l’œuf les tentatives de déstabilisation des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. Un leadership fort et vertueux, les succès militaires et sécuritaires face aux réseaux terroristes, les succès diplomatiques sont, entre autres, leurs atouts dans un environnement géopolitique hostile. Sans compter la création du « bouquet Synergique » de l’AES et la résistance économique et financière aux lobbies de l’Occident et à leur manne financière. Ces cinq acquis, à notre avis, expliquent la résilience du peuple insoumis au sein de l’AES, notamment au Mali.

Diatrou Diakité Consultant indépendant


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