Lors d’une récente réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies, consacrée à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, le représentant du Rwanda a notamment dénoncé l’activisme des FDLR sur le territoire congolais et qui représenterait une menace pour le pays de Paul Kagame. Des accusations qui sont sans fondement, selon le Professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, pour qui le prétendu activisme de ce groupe armé d’origine rwandaise en RDC n’est qu’un alibi que le Rwanda utilise pour justifier sa guerre de prédation contre la RDC.
« C’est depuis plus de 30 ans que le Rwanda utilise cet alibi. Vous vous rappellerez que l’AFDL avait été créée pour venir démanteler les camps des FDLR à Goma mais ils sont arrivés jusqu’à Kinshasa et ont même eu un rwandais comme chef d’État-Major de l’armée congolaise, qui est devenu par la suite Ministre de la Défense au Rwanda, et cela, sans jamais neutraliser les FDLR. Après l’AFDL, ils ont créé le RCD, le CNDP, et maintenant le M23.
Le problème du Rwanda, c’est une volonté de mettre en place des structures de prédation à l’Est de la RDC, pour n’est-ce pas piller et l’argument ou l’alibi, c’est les FDLR », a-t-il révélé, lors d’une récente intervention sur Radio Okapi.
Et l’élu de Boende, dans la province de la Tshuapa d’expliquer pourquoi le narratif rwandais (basé sur la fausse menace FDLR) continue de porter sur le plan international.
« Pendant longtemps, le Rwanda a joué à la victime du génocide. Et en faisant peur à la communauté internationale sur cette affaire de génocide, le Rwanda a pû mobiliser une certaine sympathie. Lorsque les équipes de football inscrivent sur leurs maillots la mention « Visit Rwanda », elles ne savent pas que nous sommes en face d’un régime fasciste, autoritaire, qui élimine ses opposants et qui n’accepte aucune démocratie.Donc, il est de notre devoir, et c’est tout le travail que fait le Président Félix-Antoine Tshisekedi, de démonter cet alibi, de faire passer le vrai récit de cette histoire », a martelé Jacques Djoli Eseng’Ekeli, qui deplore par ailleurs le fait que, depuis la guerre de l’AFDL, le régime de Paul Kagame a réussi à manipuler un certain nombre de congolais, qui l’accompagnent dans sa guerre de prédation et de déstabilisation contre la RDC. Comme l’a dit le Président du Burundi et président en exercice de l’Union Africaine, « le président Paul Kagame est un malhonnête, qui est animé par un esprit hostile ». Le schéma opérationnel du Rwanda, c’est un petit pays agricole, avec une forte démographie. Mais ce petit pays agricole a développé une culture militariste. C’est la volonté de piller les ressources congolaises, de déstabiliser les institutions congolaises, en manipulant un certain nombre de congolais qu’ils utilisent comme des outils de pénétration : Hier, ils ont utilisé des gens aussi sérieux que Laurent-Désiré Kabila ; après, ils ont utilisé d’autres congolais, pour assurer la fragilisation du Congo. Les congolais doivent comprendre que ce soit-disant pouvoir qu’on donnerait à un homme comme Nangaa ou à d’autres congolais, fait d’eux des prisonniers, des outils de déstabilisation, de fragmentation de notre pays par le Rwanda. Et c’est ça l’ambition du Rwanda », a-t-il averti, tout en rappelant que, depuis sa mésaventure avec l’AFDL, le Rwanda n’opère plus ouvertement en RDC mais à visage masqué, sous couvert de certains congolais, qu’il utilise comme des marionnettes.
« Tirant les leçons de leur mésaventure avec l’AFDL, les rwandais ne viennent plus au Congo physiquement. Kagame n’est plus physiquement au Congo mais il est à Bukavu, à travers ses agents et son armée. Ce que les congolais doivent savoir est que nous sommes en face d’un schéma opérationnel, d’une stratégie négative de destruction de notre pays par le Rwanda. Si nous ne comprenons pas nous-mêmes le récit et le schéma rwandais, nous fragilisons notre pays. Et lorsque nous, congolais, cautionnons les stratégies d’attendre le pouvoir en embuscade, en utilisant qui le Rwanda qui l’Ouganda, nous sommes en train de créer la mort de notre pays et nous l’avons déjà provoqué », a-t-il soutenu, tout en indiquant que c’est à cause de la complaisance de la communauté internationale vis à vis du Rwanda, qui explique l’arrogance du régime de Kigali, qui tergiverse à exécuter ses engagements pris dans le cadre l’accord de Washington ainsi que les résolutions du Conseil de sécurité des Nations, pour le retour de la paix en RDC.
« On sait qu’aujourd’hui, les États-Unis, préoccupés par la guerre en Iran, la situation en Europe, la non-implication de l’Union Européenne dans ce plan, qui nous a mis face à face avec le Rwanda et les États-Unis, alors qu’aujourd’hui, la stratégie américaine, c’est une introversion de la Défense.
Et le Président Donald Trump a même dit que, pour lui, « le conflit RDC-rwandais était déjà réglé ». Ce qui n’est pas le cas sur le terrain », a-t-il fait remarquer.
Spécialiste des questions de défense et de sécurité, le Professeur Jacques Djoli a saisi cette opportunité, pour rappeler à ses compatriotes que la guerre d’agression, que mène le Rwanda depuis plusieurs décennies, n’est pas une guerre contre un quelconque régime mais contre la République démocratique du Congo.
Pour lui, c’est à tort que certains congolais considèrent que c’est le Président Félix Tshisekedi et son régime qui sont la cible du Rwanda de Paul Kagame.
« Mais je note une forte distraction dans le Chef de certains congolais : lorsque nous parlons de l’occupation ou de l’agression rwandaise, beaucoup d’entre-nous sont distraits intentionnellement par des problèmes politiques internes de la recherche, de l’occupation des postes. Les FDLR, c’est un alibi. Il faut casser cet alibi, ce mensonge du Rwanda, en nous mettant tous, congolais, autour d’une table. Hier, c’était Mobutu, qui était visé par le Rwanda. On a cru que Mobutu parti, le Rwanda serait un ami. Le même Rwanda a combattu Mzee Kabila qu’ils ont eux-mêmes conduit. Même le Président Joseph Kabila qui, aujourd’hui, s’est rapproché de ses supplétifs, il connaît l’hostilité du Rwanda, avec les rébellions du CNDP et même du M23 qu’il a combattues à Chanzu. Donc, il y a une forme de cécité stratégique, d’analyse chez les congolais, qui croient que si je vais chez Kagame, directement ou indirectement, si je ne condamne pas le M23, je peux peut-être devenir demain Ministre ou Premier Ministre. Mais ils doivent savoir que c’est le Congo, qui est menacé par le Rwanda. Voilà pourquoi il est important, comme l’a dit notre Ambassadeur à l’ONU, qu’une campagne diplomatique soit menée pour faire en sorte que le Rwanda fasse quitter ses troupes utilisées dans le cadre des opérations des nations unies, parce que le Rwanda utilise les ressources des Nations Unies, l’intelligence stratégique des Nations Unies, pour perturber les autres pays, notamment la RDC, le Burundi et bien d’autres », a-t-il recommandé.
Enfin le Professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli a indiqué sa piste de solution pour faire sortir la RDC de ce bourbier sécuritaire constitué par l’agression rwandaise.
« Primo, sur le plan diplomatique, il faut continuer cette pression sur le Rwanda : pendant plus de 30 ans, le Rwanda s’est vendu comme un soft-power, comme un pouvoir intéressant, et Kagame apparaissait comme le meilleur leader en matière de bonne gouvernance mais ce n’est que, comme l’a dit le Président du Burundi, « un esprit hostile et méchant » et c’est le noyau de l’instabilité dans la région. Grosso, il faut travail diplomatique et de récit qu’il faut entreprendre. Secundo, il faut également faire un travail politique interne : nous devons comprendre que l’agression de la RDC par le Rwanda, ce n’est pas l’agression contre Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Donc, Mobutu a été agressé, Kabila père et fils ont été agressés, et maintenant c’est Tshisekedi. C’est le Congo qui intéresse le Rwanda. Et des congolais qui croient que, non, il faut minimiser cette affaire d’agression, pour aller dans d’autres préoccupations opportunistes, se trompent d’analyse. Enfin, la dimension militaire est également importante : il faut que nous puissions revoir notre politique de défense, afin de modifier le rapport des forces. Nous sommes un pays immensément riche, avec neuf voisins (qui ne sont toujours pas des amis, parce qu’entre les États, il n’y a pas d’amitié, il n’y a que des intérêts). Il faut donc développer un concept opérationnel de défense, qui puisse nous permettre de nous affirmer non pas comme un champ de maïs où l’on vient mais comme une puissance héliocentrique, qui va peser dans la région comme une puissance stabilisatrice », a suggéré ce membre du Bureau de la Chambre basse du Parlement de la République Démocratique du Congo.
Source : Prospérité
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