Ouganda: Un système automatisé pour les suivi des patients souffrant du cancer

L’Institut du cancer de l’Ouganda (UCI) déploie un système d’appels vocaux automatisés pour suivre les patients cancéreux entre les consultations, réduisant la nécessité de se déplacer pour des centaines de kilomètres. Gratuit et accessible sans smartphone ni compétences en lecture, ce système interroge les patients sur leurs effets secondaires et alerte les médecins en cas de nécessité, permettant des retours hospitaliers anticipés. Présenté au Congrès mondial du cancer à Hong Kong, le modèle pilote a permis d’identifier une vingtaine de cas critiques et devrait être étendu à l’échelle nationale puis en Afrique, avec un objectif de 100 chaînes et l’utilisation d’énergie solaire, face à l’augmentation mondiale des cas de cancer.

En Ouganda, où les patients atteints de cancer peuvent parcourir des centaines de kilomètres pour accéder à un traitement, un systèmed’appel vocal automatisé aide les médecins à les surveiller entre les visites chez le médecin.

Ce système, développé par l’Institut du cancer de l’Ouganda (UCI), appelle les patients après le traitement pour vérifier les effets secondaires et alerter les médecins lorsqu’ils doivent retourner à l’hôpital plus tôt que prévu.

Il a été présenté au Congrès mondial du cancer à Hong Kong par Johnblack Kabukye, médecin et informaticien à l’UCI.

“Lorsque les patients quittent l’hôpital après avoir reçu un traitement, il arrive qu’ils souffrent de vomissements, de douleurs, de nausées, de plaies dans la bouche, et nous n’avons aucun de le leur demander pour assurer un suivi”

BJohnblack Kabukye, Institut du cancer de l’Ouganda (UCI)

Johnblack Kabukye explique que l’Institut, avec le soutien de la Commission ougandaise des communications, avait d’abord mis en place des centres d’appels où les personnes pouvaient obtenir des informations sur le cancer auprès d’opérateurs parlant sept langues différentes. Désormais, le service entièrement automatisé contacte lui-même les patients.

« Lorsque les patients quittent l’hôpital après avoir reçu un traitement, il arrive qu’ils souffrent de vomissements, de douleurs, de nausées, de plaies dans la bouche, et nous n’avons aucun de le leur demander pour assurer un suivi », a déclaré Johnblack Kabukye à SciDev.Net en marge du Congrès.

« Ce n’est que lorsqu’ils reviennent à l’hôpital trois semaines plus tard que nous le savons. Parfois, ils ne reviennent même pas », ajoute-t-il.

Avec ce modèle, lorsqu’un patient arrive, les infirmières recueillent son numéro de téléphone, sa langue de préférence et le moment où il souhaite être contacté. Un ordinateur l’appelle ensuite automatiquement tous les deux ou trois jours.

« Aucun être humain n’est impliqué et le système est plus inclusif. Pas besoin d’internet ni de smartphone. C’est sûr et respectueux de la vie privée, et aucune formation n’est requise pour l’utiliser, contrairement aux smartphones », indique l’expert.

Johnblack Kabukye explique que le système pose des questions préenregistrées sur des sujets fréquemment abordés par les patients atteints de cancer, et que ces derniers répondent en choisissant parmi quatre options.

Ces informations sont ensuite transmises à leur médecin qui décide s’ils doivent retourner à l’hôpital plus tôt que prévu.

Gratuit et facile

Ce système, basé sur la réponse vocale interactive (RVI), est gratuit pour le patient ; car l’appel est initié par l’hôpital. Il présente également l’avantage de ne nécessiter aucune compétence en lecture et en écriture de la part du patient.

Initialement testé sur une centaine de patients atteints de cancers du sang, il effectuait environ 700 appels automatisés par semaine. A en croire Johnblack Kabukye , dans une vingtaine de cas, les patients ont été invités à retourner à l’hôpital avant leur rendez-vous en raison d’effets secondaires graves.

Cette étude pilote a été financée à hauteur de 50 000 dollars américains par la Fondation internationale contre le cancer en Suisse. Outre le suivi des patients, elle visait à sensibiliser et à informer sur le cancer, notamment auprès des patients hospitalisés.

Le médecin affirme que l’UCI dispose actuellement de six chaînes pour ce système, ajoutant que son déploiement à l’échelle nationale nécessiterait de porter ce nombre à 100 chaînes, d’ajouter davantage de langues et d’obtenir des financements pour ls appels téléphoniques.

« Nous ne voulons pas que nos patients soient laissés [sans suivi]. Nous espérons que le gouvernement pourra nouer un partenariat avec les entreprises de télécommunications, car nous l’avons testé et il fonctionne à 100 % sans aucun problème », dit-il.

Dans un pays touché par l’instabilité énergétique, Johnblack Kabukye explique que l’équipe prévoit d’utiliser l’énergiesolaire pour alimenter le système, ce qui le rendra économe en énergie et respectueux de l’environnement.

Economies sur les factures d’hôpital

Getrude Nakigudde, une survivante du cancer du sein et militante de la lutte contre le cancer en Ouganda, affirme qu’une solution gratuite comme celle-ci est une bouée de sauvetage pour les personnes vivant dans des contextes à faibles revenus où la plupart des patients paient leurs factures d’hôpital de leur poche.

« Cela change la donne car le patient ne dépense rien. À notre époque, de nombreux patients sont décédés parce que personne n’assurait leur suivi et qu’ils ne pouvaient pas revenir à l’hôpital avant les dates prévues », déclare-t-elle, se remémorant son expérience de patiente atteinte d’un cancer il y a 20 ans.

Dans un entretien avec SciDev.Net, elle confie que « la plupart des malades du cancer sont pauvres. Ces innovations sont faites pour nous et nous profitent ».

Getrude Nakigudde invite les gouvernements africains à réfléchir à la manière dont leurs populations peuvent accéder aux innovations grâce à un financement durable.

Pour sa part, Daniel Kyabayinze, directeur de la santé publique au ministère ougandais de la Santé, affirme que l’UCI prévoyait d’adopter le système testé. Ajoutant que cette initiative est opportune, car le nombre de cas de cancer est en augmentation en Ouganda.

« Comme cela ne nécessitera pas de main-d’œuvre, cela permet même au gouvernement de réaliser des économies en évitant d’embaucher du personnel pour le faire fonctionner », dit-il.

« Après ce succès, poursuit-il, nous pourrons alors envisager de mettre en place des systèmes pour chaque région au sein des centres régionaux de cancérologie ».

Cancer en hausse

Les données mondiales présentées lors du congrès organisé par l’Union internationale contre le cancer (UICC) du 24 au 26 septembre ont montré que les cas de cancer augmentent dans le monde entier, en particulier dans les pays à faible revenu.

Selon l’Organisation mondiale de la santé et le Centre international de recherche sur le cancer, on a dénombré 20,6 millions de nouveaux cas de cancer et près de 10 millions de décès en 2024 , et l’incidence devrait atteindre près de 35 millions d’ici 2050.

La présidente de l’UICC, Ulrika Årehed Kågström, a averti que le coût économique mondial du cancer atteindra 25 200 milliards de dollars américains entre 2020 et 2050. Elle a précisé que 50 % des cancers sont détectés à un stade avancé et que, si deux cinquièmes des pays disposent de plans nationaux de lutte contre le cancer, moins d’un sur dix bénéficie d’un financement complet.

Johnblack Kabukye explique que l’équipe adapte actuellement le système d’appel automatisé aux patients atteints d’autres types de cancers, comme le cancer du sein, les questions variant selon le type.

« Nous pouvons assurer un suivi auprès d’eux où qu’ils soient, à tout moment et n’importe quel jour, sans frais pour le patient », a-t-il déclaré.

Il est également prévu d’étendre ce modèle au-delà de l’Ouganda à d’autres pays africains, a-t-il ajouté.

Source : Scinde V.Net


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