LE SAHEL FACE AU TERRORISME : Harmoniser les efforts de renseignement face à l’ennemi commun

La région du Sahel connaît depuis quelque temps une recrudescence pernicieuse des attaques terroristes contre des cibles civiles… Et la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la mise en place de structures régionales illustrent la volonté des dirigeants des trois pays (Burkina, Mali et Niger) d’harmoniser les efforts de renseignement, bien que l’efficacité opérationnelle dépende fortement des investissements humains et technologiques.

Aujourd’hui, les services de renseignement sont ainsi devenus le pilier central de la lutte antiterroriste au Sahel. En effet, face à la mobilité et aux techniques de guérilla des groupes armés comme le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), le renseignement permet de pallier l’immensité et la porosité des frontières. La synergie d’action en la matière est un élément déterminant de l’efficacité de la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (FU-AES). Forte de 15 000 hommes, cette force a été officialisée fin 2025 pour mutualiser les ressources militaires et combattre le terrorisme de manière totalement autonome

L’importance de ces services dans la région repose sur trois axes stratégiques. À commencer par l’anticipation et le ciblage. En effet, la collecte d’informations (via le renseignement humain ou technique) permet d’identifier les cellules terroristes, de repérer leurs bases logistiques et de déjouer des attentats avant qu’ils ne soient perpétrés. Le renseignement a notamment été déterminant dans les opérations militaires menées dans la bande sahélo-saharienne, notamment dans la zone des « Trois frontières ».

Le second axe est lié à l’adaptation aux modes opératoires des obscurantistes. Ainsi, face à des combattants qui se fondent souvent au sein des populations locales, les services de renseignement sont essentiels pour cibler précisément les individus dangereux tout en protégeant les civils. La coopération transfrontalière constitue le 3ᵉ axe stratégique. Au Sahel, le terrorisme est une menace transnationale. Le partage de données entre les différents pays de la région (comme cela se fait via les cellules de renseignement communes) et avec les partenaires internationaux est vital pour isoler et neutraliser les réseaux. Les réalités du terrain font aussi que le contre-terrorisme devient « un outil d’influence et de positionnement géopolitique au Sahel » avec une diversité des acteurs, notamment de nouveaux partenaires ayant bénéficié de la méfiance à l’égard de l’ancienne puissance coloniale, la France, et des alliés plus préoccupés par leurs propres intérêts que par la stabilité de nos États.

Hamady Tamba


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