Falaises de Bandiagara : l’UNESCO et ses partenaires tirent les enseignements du projet ALIPH

Le 6 mars 2026, dans une salle de réunion à Bamako, représentants de l’État malien, partenaires techniques et membres des communautés dogon ont passé plusieurs heures à examiner ce qui a été accompli depuis août 2022 autour des Falaises de Bandiagara. Cette rencontre marquait la troisième et dernière session du Comité de pilotage du projet consacré à la reconstruction et à la réhabilitation du patrimoine bâti de cette zone classée au patrimoine mondial.

L’initiative est portée par l’antenne malienne de Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), avec l’appui financier de la Fondation ALIPH et la participation du ministère malien chargé de la Culture. Elle a été officiellement lancée le 15 août 2022 à Bandiagara, au cœur du territoire dogon.

Au départ, l’intervention devait concerner quatre villages : Djombolo, Tégourou, Ogossagou et Sobane-Da. Mais au fil des discussions avec les autorités locales et les chefs de village, le périmètre a été élargi. Ireli, Koundou, Sangha-Bongo, Banani et Dourou ont été intégrés au programme. La ville de Bandiagara elle-même a également bénéficié de certaines opérations.

Au total, dix localités ont finalement été touchées.

Le coordinateur du projet pour l’UNESCO a détaillé les réalisations lors de la réunion. Les chiffres donnent une idée assez nette de l’ampleur du travail effectué sur le terrain :

173 maisons traditionnelles reconstruites, dont trois habitations réservées aux femmes pendant leur période menstruelle, conformément aux pratiques sociales dogon ; 172 greniers restaurés, répartis entre greniers masculins et féminins deux structures distinctes dans l’architecture traditionnelle ; 9 togounas réhabilités, ces abris bas au toit de paille où les anciens se réunissent pour débattre des affaires du village ; des travaux d’entretien réalisés au palais Aguibou Tall, bâtiment historique situé à Bandiagara ; la restauration du vestibule de la famille fondatrice de la ville ; la pose de panneaux en pierre gravée destinés à signaler plusieurs sites culturels le long des falaises ; la distribution de 20 tonnes de céréales aux communautés impliquées dans les travaux ; la préparation d’une exposition temporaire au musée régional de Bandiagara, dont l’ouverture est prévue une fois les aménagements terminés.

Sur place, une partie des reconstructions a été menée en mobilisant les artisans locaux spécialisés dans la maçonnerie en banco. Ce choix n’est pas anodin : les techniques utilisées respectent les méthodes traditionnelles, ce qui garantit une continuité architecturale avec les villages anciens. Des actions culturelles parallèles.

Le projet n’a pas uniquement consisté à relever des murs écroulés.

Le ministère chargé de la Culture a reçu du matériel photographique professionnel destiné à documenter le patrimoine architectural et les pratiques culturelles de la région. L’orchestre régional de Bandiagara a également été équipé de nouveaux instruments de musique, un soutien destiné à maintenir la pratique musicale locale.

Autre volet moins visible mais significatif : un travail d’inventaire sur les tresses traditionnelles dogon, réalisé dans le cadre des activités nationales liées à l’« Année de la Culture 2025 ». Plusieurs styles de coiffures, porteurs d’informations sociales et symboliques, ont été répertoriés et documentés.

Dans les villages, des effets perceptibles

Au cours de la réunion, certains représentants communautaires ont pris la parole. Ils ont évoqué des changements très concrets.

Dans plusieurs villages, les habitations reconstruites ont permis à des familles déplacées ou fragilisées par les violences passées de retrouver un logement stable. La remise en état des togounas a redonné vie aux lieux où se tiennent les discussions collectives. Dans certaines localités, ces espaces avaient été abandonnés ou détruits.

Les responsables du projet affirment également que la participation directe des habitants depuis le choix des bâtiments à restaurer jusqu’aux travaux eux-mêmes a facilité l’acceptation du programme.

Une expérience qui pourrait servir ailleurs

Les membres du Comité de pilotage ont salué la méthode adoptée : consultation systématique des communautés, implication des artisans locaux et coordination avec les autorités administratives.

Pour les partenaires financiers, cette approche pourrait inspirer d’autres interventions dans des zones patrimoniales fragilisées par les crises.

Le chantier mené autour des Falaises de Bandiagara ne règle évidemment pas toutes les difficultés de la région. Mais les responsables du projet considèrent qu’il a posé plusieurs bases utiles : restauration de bâtiments symboliques, relance d’activités culturelles et réactivation de lieux de dialogue communautaire.

À l’issue de la réunion de Bamako, un constat s’est imposé chez la plupart des participants : protéger un site comme les Falaises de Bandiagara ne se limite pas à préserver un décor historique. Ce territoire vit à travers ceux qui l’habitent. Et c’est précisément ce lien entre architecture, pratiques culturelles et vie quotidienne que le projet a tenté de remettre en mouvement.


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