Dans le paysage médiatique malien, certains noms reviennent lorsqu’on évoque les débuts de la presse privée. Celui de Maïmouna Traoré en fait partie. Journaliste, éditrice, promotrice d’initiatives sociales et femme de lettres, elle appartient à cette génération qui a accompagné l’ouverture médiatique du Mali au début des années 1990, tout en s’impliquant durablement dans les combats liés à la place des femmes dans la société.

Début des années 1990. Le pays s’ouvre, la parole circule autrement, les journaux privés apparaissent. Dans ce moment encore incertain, Maïmouna Traoré fait un choix peu évident pour l’époque : entrer dans cette presse naissante, sans garanties et sans confort.
Lycée de Jeunes Filles de Bamako, puis départ pour l’Université d’État de Biélorussie. Là-bas, elle décroche un Master exécutif en journalisme. Elle ne s’arrête pas à ce diplôme. Elle enchaîne : formation aux Pays-Bas sur le lien entre médias et démocratie, stages au Sénégal, au Cameroun, passage aux États-Unis, puis spécialisation sur les questions de genre à Genève. Ce n’est pas une accumulation décorative. Chaque étape répond à une logique : comprendre comment l’information influence les sociétés.
Quand elle revient, elle ne cherche pas une place confortable. En 1990, elle cofonde Aurore. À l’époque, faire vivre un journal privé relève presque du pari. Les moyens sont limités, les repères encore flous. Elle prend pourtant des responsabilités lourdes : rédactrice en chef et directrice adjointe. Concrètement, cela veut dire gérer les contenus, encadrer des équipes encore en apprentissage, tenir une ligne éditoriale dans un environnement politique qui reste sensible.
Deux ans plus tard, elle bifurque sans vraiment quitter le même combat. En 1992, elle crée Nyeleni Magazine. Là, le positionnement est clair dès le départ : parler des femmes sans détour, aborder les questions d’environnement et de développement sans les diluer dans des discours abstraits. Le nom n’est pas choisi au hasard. Nyeleni renvoie à une figure féminine forte dans la tradition bamanan.
Le magazine ne reste pas figé. Il évolue. Plus tard, elle lance aussi le site web Nyeleni, pour prolonger le travail dans l’espace numérique. On y retrouve des portraits de femmes, des initiatives locales, des sujets souvent absents des grands médias. Ce n’est pas un simple support d’information : c’est aussi un terrain d’apprentissage. Plusieurs jeunes journalistes y font leurs premières armes, souvent en stage, parfois sans expérience, mais avec l’envie d’apprendre.
Puis il y a le Tchad. Entre 1996 et 2005, elle s’y installe pour des raisons familiales. Elle ne décroche pas pour autant. Elle travaille au journal L’Observateur, s’implique avec l’Association Jeunesse anti-clivage, passe à l’antenne de la Radio FM Liberté comme reporter et présentatrice. En parallèle, elle envoie des reportages à SYFIA International, un réseau spécialisé dans les questions agricoles. Le terrain change, mais la logique reste la même : informer, documenter, raconter ce qui est souvent laissé de côté.
Son parcours prend ensuite une autre dimension. Elle collabore avec World Vision International au Mali, puis avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Burundi. Là, on n’est plus dans la rédaction classique. Il s’agit de communication institutionnelle, de sensibilisation, de gestion de l’information dans des contextes parfois tendus.
Elle passe aussi par des missions liées au maintien de la paix, notamment avec le BINUB et la MONUSCO. Sur le terrain, cela signifie expliquer, traduire des messages complexes, travailler avec des communautés qui n’ont pas toujours confiance dans les institutions.
Mais ce qui revient toujours chez elle, c’est la question des femmes. Pas comme un slogan. Comme un problème concret à traiter.
En 2014, elle crée l’AFARMU. L’objectif n’est pas théorique : aider des femmes à générer des revenus, à s’organiser, à sortir d’une dépendance économique. Les actions se font à la fois en milieu urbain et rural. Pas de grands discours, mais des initiatives ciblées.
À Kalaban Coro Koulouba, par exemple, l’association organise chaque année, avec le Groupe international des femmes pour la paix (IWPG), un concours de dessin pour les élèves de 7 à 18 ans. Le principe est simple : faire parler les enfants de la paix à travers leurs dessins. Sur place, ce sont des salles pleines, des feuilles colorées, des enseignants qui encadrent, des parents qui observent.
Elle ne s’arrête pas là. Elle fonde aussi l’école Nakoun-Major. Là encore, il y a une idée précise derrière : mélanger des élèves de différents milieux et permettre à certains enfants issus de familles sans moyens d’être scolarisés gratuitement. Ce n’est pas un projet symbolique. Ce sont des frais pris en charge, des fournitures, des classes qui tournent.
Dans les structures où elle intervient, elle occupe aussi des fonctions précises. Elle est Secrétaire à la communication du Mouvement Féministe du Mali (MFM), où elle travaille sur la diffusion des messages liés aux droits des femmes. Elle assure le même rôle à l’Association Malienne des Anciens Fonctionnaires Internationaux des Nations Unies (AMAFINU), avec une autre mission : valoriser des parcours souvent méconnus d’anciens cadres internationaux.
Et puis il y a l’écriture, qui ne l’a jamais quittée. Dès 1995, elle participe à « Feux de brousse ». En 2005, elle contribue au projet « 1000 Peacewomen across the World ». Plus récemment, elle publie « Kalifa ni Soloni » en 2022, puis prend part à « Paix et cohésion sociale au Mali » en 2023. En 2024, elle revient à quelque chose de plus intime avec « Nsiirin : Les contes de mon enfance », un livre nourri par les récits entendus plus jeune.
Son parcours ne suit pas une ligne droite. Il traverse des rédactions, des organisations internationales, des salles de classe, des associations de terrain. Ce qui relie tout ça tient en une idée assez simple : utiliser les outils qu’elle maîtrise, l’information, l’écriture et la formation pour ouvrir des espaces à d’autres.
Et c’est peut-être là que ça se joue vraiment. Pas dans les titres occupés, mais dans ce qu’ils ont permis de faire exister.
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