Au Palais de Koulouba, la matinée n’avait rien d’ordinaire. Pas seulement parce qu’on célébrait la fin du Ramadan. Mais parce que, ce jour-là, le pouvoir malien s’est montré au complet, côte à côte, dans un décor chargé de symboles.
Le Général d’armée Assimi Goïta était là, au premier rang. À quelques pas, le Premier ministre Abdoulaye Maïga. Non loin, le président du CNT Malick Diaw. Des ministres, des diplomates, des responsables d’institutions… difficile de faire plus complet. Ce type de configuration ne relève jamais du hasard.
La prière a été conduite par l’imam Abdrhamane Touré. Silence, gestes maîtrisés, une séquence sans surprise. Et puis, une fois les bénédictions terminées, les micros se tendent. Là, le ton bascule.
Assimi Goïta parle de pardon. De partage. Des mots qu’on entend chaque année. Sauf que cette fois, ils arrivent dans un contexte où la cohésion nationale reste fragile. Le message est posé sans détour : il faut tenir ensemble, sinon le reste ne suivra pas.
Mais il ne s’arrête pas là. Il enchaîne sur un point précis : l’opération de solidarité menée pendant le Ramadan. Derrière cette référence, il y a une tentative de montrer que l’État ne se limite pas aux discours. Que quelque chose a circulé, concrètement, vers les populations.
Ensuite, virage vers les chiffres. Le Fonds minier de développement local : plus de 18 milliards de francs CFA distribués aux communes. Là, on sort du registre symbolique. On entre dans du mesurable. Le Président insiste, presque comme s’il répondait à une accusation latente : les richesses du sous-sol doivent profiter ici, pas ailleurs. Sa phrase « l’or brillera pour les Maliens » sonne comme une promesse… ou un engagement qu’on lui rappellera plus tard.
Autre élément glissé dans son intervention : l’année dédiée à la culture et à l’éducation. Ce n’est pas anodin. Derrière, il y a l’idée de reconstruire autre chose que des infrastructures. Former, transmettre, reprendre la main sur le récit national.
Puis apparaît un dispositif encore peu concret pour beaucoup : l’Observatoire de la paix et de la réconciliation. Sur le papier, c’est une structure de plus. Dans les faits, tout dépendra de ce qu’elle produit réellement. Parce que des cadres existent déjà et les résultats restent discutés.
Le passage sur la sécurité, lui, ne surprend pas. Assimi Goïta rend hommage aux Forces armées et de sécurité. Un passage obligé, dans un pays où les attaques continuent de marquer les esprits. Il mentionne aussi les opérateurs économiques, notamment pour l’approvisionnement en produits de première nécessité et en carburant un sujet sensible dès que les circuits se grippent.
Et puis, il y a ce moment plus lourd. Les pensées pour les victimes, civiles comme militaires. Pas de formule développée, mais une réalité qui s’impose sans effort.
Au final, cette prière collective n’était pas qu’un rendez-vous religieux. C’était une séquence calibrée, où chaque prise de parole, chaque présence, chaque chiffre avancé sert à installer une idée simple : maintenir le pays debout, malgré les tensions, malgré les doutes. Reste à voir si, au-delà des mots, les effets suivront.
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