En confiant l’organisation de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des nations de football (senior) au Maroc (21 décembre 2025-18 janvier 2026), la Confédération africaine de football avait-elle aussi promis le trophée au Royaume chérifien ? Tout porte à le croire aujourd’hui. Après un arbitrage plus que favorable aux Lions de l’Atlas et le hold-up raté de la finale, le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) vient de décider d’arracher le trophée aux Lions de la Teranga pour l’offrir à ceux de l’Atlas !
Deux mois après la finale (le 18 janvier 2026 Rabat), le trophée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) a été attribué par la Confédération africaine de football (CAF) au Maroc, au détriment du Sénégal. Cet improbable revirement a attise la méfiance envers les instances internationales du football. Comme l’a titré le quotidien national sénégalais, « Le Soleil » à la Une de sa parution du 18 mars 2026, c’est « la blague du siècle » !
Le jury d’appel de la CAF a argumenté sa décision par l’article 82 des statuts qui stipule que « si pour n’importe quelle raison, une équipe quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée comme perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours ». Selon également l’article 84, « l’équipe qui enfreint les dispositions des articles 82 et 83 sera définitivement exclue de la compétition et perd 3-0 ». La décision de priver le Sénégal de la couronne conquise sur le terrain est basée sur ces deux articles.

Ce jury d’appel ignore certainement que, selon un expert CAF-FIFA, l’article 5 dit clairement que « les décisions de l’arbitre sur le jeu sont définitives et irrévocables. Aucun organe ne peut revenir sur le résultat d’un match achevé ». Comme l’as aussi si bien rappelé Mister George (George Weah, Ballon d’Or et ancien président du Liberia), « au football, les lois du jeu sont claires : l’arbitre sur le terrain est l’autorité suprême pour toutes les décisions prises pendant le match. Une fois que le jeu a repris et que le match est terminé, le résultat obtenu sur le terrain doit être validé ».
Et nous savons tous que cet inoubliable Maroc-Sénégal était finalement allé à son terme. L’arbitre ayant autorisé la reprise de cette finale qui est allée au bout, on ne devait infliger au Sénégal que l’infraction disciplinaire (sanctions individuelles, amendes, suspensions…). Ce qui a d’ailleurs été fait et la Fédération sénégalaise de football s’est pliée à cette décision.
Sans compter qu’on est aussi en droit de se demander qui a réellement siégé au sein de cette instance, d’autant plus que des membres de ce fameux jury d’appel se désolidarisent de cette décision scandaleuse. C’est le cas de Hamoud Tfeil Bowbe, Mauritanien et membre du jury d’appel de la CAF, qui se dit surpris par une telle décision. Il déclare ne pas être lié ni de près ni de loin à cette décision. Pire, en tant que membre du jury d’appel de la CAF, il a déclaré avoir découvert la décision au même moment que le public. Un autre membre de ce jury (un Djiboutien) a catégoriquement démenti avoir pris part à la séance ayant abouti à la décision de déclarer le Sénégal forfait à la finale de la dernière CAN.
Qui veut-on alors berner ?
Cette décision aussi ténébreuse que scandaleuse vient confirmer que le football africain est en train d’aller à vau-l’eau depuis la retraite forcée du défunt Issa Hayatou (défait par le Malgache Ahmad Ahmad et décédé le 8 août 2024) et surtout depuis que la CAF est dirigée par Dr Patrice Motsepe d’Afrique du Sud. Premier milliardaire noir d’Afrique du Sud, qui a grandi dans les townships, il est aujourd’hui l’ami des puissants, notamment Gianni Infantino, patron de la Fifa.
Son élection le 12 mars 2021 (réélu en mars 2025) avait pourtant suscité en nous l’espoir d’une rupture totale dans la gouvernance de notre confédération. Et cela d’autant plus que les anglophones sont généralement réputés pour leur rigueur managériale car à cheval sur les valeurs d’équité et de transparence. Sans compter que Dr Patrice Motsepe est non seulement un dirigeant sportif, mais aussi avocat, homme d’affaires et philanthrope.
Hélas, l’espoir suscité par son élection s’estompe petit à petit. Cela a commencé par cette décision scandaleuse d’organiser désormais les phases finales de la CAN toutes les quatre ans (au lieu de 2). Cela fait longtemps que la FIFA essayait de nous imposer ce calendrier qui dessert totalement le football africain. Contrairement à ses prédécesseurs, Dr Motsepe a cédé à la pression, préférant sacrifier l’Afrique que de contrarier le président de la FIFA.
Avec un niveau d’arbitrage qui s’est dégradé en un temps record, des règlements intérieurs sans cesse violés ou appliqués à la tête du client, des lobbyings et ingérences multiples tolérés… la décision de retirer au Sénégal son trophée au profit du Maroc est la goutte d’eau qui fait aujourd’hui déborder le vase. Cette décision inique, arbitraire… est inacceptable car elle jette la honte et le discrédit sur notre continent ! Comme Sadio Mané (le capitaine du Sénégal), nous sommes profondément déçu « non seulement pour le Sénégal, mais pour le football africain dans son ensemble. Les Africains méritent mieux… Les fans méritent l’équité, la transparence et le respect » des instances sportives.
Une gouvernance de plus en plus opaque qu’avant
Finalement, le Sud-Africain a réussi à instaurer une gouvernance de plus en plus questionnable qu’avant car elle est tout sauf transparente. Et comme l’a déploré un passionné du foot, aujourd’hui, « c’est toute l’image de notre continent qui est ternie ». Cette réaction n’est pas isolée et la vague de protestation confirme une indignation totale sur la planète foot. Nous sommes parfaitement d’accord avec notre frère et confrère Moussa Camara quand il écrit, « la CAF doit se départir de son attitude kafkaïenne. Une CAN se gagne sur le terrain. Pas dans les laboratoires de la CAF ».
Aujourd’hui, le Maroc a tous les moyens de conquérir des trophées sans passer par des chemins détournés. Son palmarès ces dernières années l’atteste éloquemment. Comme l’ont résumé certains chroniqueurs, entre 2022 et 2025, le football marocain a connu « un âge d’or historique » avec la 4ᵉ place au Mondial 2022, le trophée du CHAN 2024 et celui de la Coupe du monde U20 2025 (juniors)… Sans compter que ses sélections féminines et locales ont également brillé pour conforter « une domination continentale et mondiale ». L’ambition de remporter un second trophée de la CAN des seniors (hommes) ne doit pas pousser à jeter un discrédit sur un tel élogieux bilan.
D’ailleurs certains joueurs marocains ont déclaré préférer leur dignité à un trophée offert par un jury d’appel « Je refuse officiellement ce trophée et j’espère que mes coéquipiers feront de même. Nous avions une chance de le gagner, mais nous ne l’avons pas saisie. C’est le football, parfois on gagne, parfois on perd. Le Sénégal nous a battus à la régulière et méritait sa victoire. Ce serait injuste de gâcher leur joie après tous leurs efforts. Je respecte la décision de la CAF, mais je refuse officiellement le trophée. Je n’ai pas gagné la CAN 2025. Félicitations encore au Sénégal », a déclaré Achraf Hakimi en rappelant suivre les conseils de sa mère.
Honnêtement, comment peut-on se regarder dans le miroir avec un trophée gagné dans les bureaux et non sur la pelouse ? Le Maroc n’avait vraiment pas besoin d’un trophée qui le discrédite, ternit son image au lieu de la rehausser ! Honte à la CAF et à ses dirigeants qui font de l’Afrique la risée de la planète foot !
Alphaly
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