Guinée : le pouvoir dissout 40 partis politiques, l’opposition balayée

La décision est tombée dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars. Un arrêté du ministère guinéen de l’Administration territoriale annonce la disparition légale de quarante partis politiques. Parmi eux figurent les trois formations qui dominaient l’opposition depuis plus d’une décennie.

Le texte est bref mais sans ambiguïté : les partis concernés sont dissous pour « manquement à leurs obligations ». La conséquence est immédiate. Les organisations perdent leur existence juridique. Toute activité politique leur est interdite. Même l’usage de leurs sigles, de leurs logos ou de leurs couleurs devient illégal.

Les sièges nationaux et les représentations locales doivent être fermés et placés sous scellés. Les ressources financières et matérielles passent sous séquestre. Un administrateur a été désigné pour superviser leur gestion et organiser leur transfert. Le document officiel ne précise pas quelle institution récupérera ces biens.

La mesure touche d’abord les piliers historiques de l’opposition guinéenne.

L’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), dirigée par Cellou Dalein Diallo, figure parmi les partis dissous. Cette formation avait déjà été suspendue en août 2025.

Même sort pour le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti fondé par l’ancien président Alpha Condé. Les autorités l’avaient déjà mis à l’écart en mars 2025.

La troisième formation visée est l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré.

Ces trois leaders vivent aujourd’hui hors du pays. Leur absence n’est pas récente : les tensions politiques et les poursuites judiciaires ont poussé plusieurs figures de l’opposition à quitter la Guinée ces dernières années.

Un climat déjà marqué par les arrestations et les disparitions

La dissolution massive intervient dans un contexte lourd. Depuis plusieurs mois, militants et responsables politiques signalent des arrestations, des intimidations et parfois des enlèvements.

Le mouvement prodémocratie Front national pour la défense de la Constitution rappelle que deux de ses figures, Oumar Sylla — connu sous le nom de Foniké Menguè — et Mamadou Billo Bah, ont disparu depuis juillet 2024 après avoir été arrêtés au domicile du premier.

Plus récemment encore, plusieurs proches de personnalités critiques du pouvoir ont été enlevés. Trois membres de la famille de Tibou Kamara, ancien ministre et ancien porte-parole du gouvernement sous Alpha Condé, ont disparu au début de la semaine.

En novembre dernier, quatre proches du musicien engagé Elie Kamano avaient subi le même sort. Quelques semaines auparavant, le père du journaliste en exil Mamoudou Babila Keita avait lui aussi été kidnappé.

Le chef de la république était absent depuis le 13 février. Il avait quitté la Guinée pour participer au sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba. Son absence prolongée avait alimenté rumeurs et interrogations sur son état de santé.

Vendredi, son avion a atterri à l’aéroport de Conakry dans une atmosphère de démonstration de soutien orchestrée par les autorités.

Un pouvoir installé depuis le coup d’État de 2021

Mamadi Doumbouya dirige la Guinée depuis le coup d’État guinéen de 2021 qui avait renversé Alpha Condé. À l’époque, la junte promettait une transition rapide vers un régime civil.

Sous pression internationale, les autorités avaient évoqué un retour à l’ordre constitutionnel avant la fin de 2024. Cette échéance n’a jamais été respectée.

Fin décembre dernier, Doumbouya a été investi président pour un mandat de sept ans lors d’un scrutin dont les principaux opposants étaient absents ou empêchés.

La Guinée possède l’une des plus importantes réserves mondiales de bauxite et d’autres minerais stratégiques. Pourtant, la situation sociale reste difficile. Selon les données de la Banque mondiale pour 2024, 52 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Depuis l’indépendance en 1958, les périodes d’ouverture politique ont été rares et souvent brèves. Les coups d’État et les régimes autoritaires ont rythmé l’histoire du pays.

La dissolution de quarante partis marque donc un tournant. Elle réduit brutalement l’espace politique dans un pays déjà traversé par de fortes tensions. Pour l’opposition, c’est une disparition administrative. Pour le pouvoir, une opération de « mise en conformité ». Entre les deux, une question reste entière : comment s’organisera désormais la vie politique guinéenne ?


En savoir plus sur FASSO ACTU

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *