Affaire Paramount–Embraer : la cour se retire, verdict annoncé pour vendredi matin

Bamako, 25 mars 2026. La salle d’audience s’est vidée en fin de matinée, sans éclat particulier. Pourtant, c’est une étape décisive qui vient d’être franchie : le dossier dit « Paramount–Embraer » est désormais en délibéré. Rendez-vous est fixé au vendredi 27 mars, à 10 heures précises, pour la lecture du verdict par la Chambre criminelle spécialisée du Pôle national économique et financier.

Le procès, ouvert le 22 décembre 2025, aura occupé près de trois mois. Trois mois rythmés par des auditions parfois tendues, des échanges techniques sur les contrats et des confrontations autour de pièces jugées centrales. Au total, 18 accusés militaires de haut rang, anciens responsables administratifs, ex-ministres attendent d’être fixés sur leur sort.

Les faits examinés remontent à 2015. Deux marchés d’équipements militaires conclus par l’État malien sont au cœur du dossier : l’un avec la société sud-africaine Paramount, l’autre avec l’entreprise brésilienne Embraer. C’est dans la conception et l’exécution de ces contrats que le ministère public situe les irrégularités. Les qualifications retenues couvrent un spectre large : faux et usage de faux, atteintes aux biens publics, blanchiment, ainsi que d’autres infractions connexes.

À l’audience, les débats se sont souvent déplacés vers des aspects très concrets : circuits de validation des contrats, niveaux de signature, conditions d’attribution, et traçabilité des fonds. Plusieurs pièces versées au dossier ont été longuement discutées, notamment celles relatives aux montants engagés et aux écarts relevés entre les prévisions initiales et les exécutions effectives.

Dans son réquisitoire, le ministère public n’a pas nuancé sa position. Il a demandé dix ans d’emprisonnement contre les 13 accusés présents devant la cour. Pour les cinq absents, la peine requise est plus lourde : la réclusion criminelle à perpétuité. Des réquisitions qui donnent une idée de la gravité retenue par l’accusation.

Sur le volet financier, les chiffres avancés ont été détaillés. Le Contentieux de l’État chiffre son préjudice à plus de 18 milliards de francs CFA environ 11 milliards liés au contrat Paramount, et 7,4 milliards pour celui d’Embraer. De son côté, la partie civile réclame 15 milliards de francs CFA au titre des dommages et intérêts. Des montants qui ont alimenté une bonne partie des échanges lors des dernières audiences.

Face à ces accusations, les prévenus, eux, sont restés sur une ligne constante : rejet en bloc des faits qui leur sont reprochés. Leurs avocats ont tenté de démonter les éléments avancés par l’accusation, pointant des zones d’ombre dans l’instruction et contestant l’interprétation de certains documents.

Vendredi matin, il ne sera plus question d’arguments, mais de décision. Après des semaines de débats serrés, la juridiction dira si les charges tiennent ou non. Dans les couloirs du tribunal, l’attente est déjà palpable.


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