Le Nigeria sollicite la France et la Turquie face à l’insécurité

Le Nigeria a officialisé un renforcement de ses coopérations sécuritaires avec plusieurs partenaires étrangers, au premier rang desquels la France et la Turquie, afin d’endiguer la pression des groupes armés qui prolifèrent dans le nord du pays. La démarche, portée par la présidence et le haut commandement militaire, marque une inflexion notable pour une fédération longtemps soucieuse de préserver l’autonomie de son outil de défense. La première puissance économique d’Afrique de l’Ouest reconnaît ainsi, en creux, les limites atteintes par ses forces armées face à une menace devenue polymorphe.

Photo : Tahir Adamu / Pexels

Une situation sécuritaire qui se dégrade dans le nord nigérian

Les États du nord-est et du nord-ouest concentrent l’essentiel des violences. Dans le bassin du lac Tchad, les factions issues de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest continuent de harceler villages, axes logistiques et positions militaires. Plus à l’ouest, dans les États de Zamfara, Katsina, Sokoto et Kaduna, les bandes criminelles désignées localement sous le terme de banditsse livrent à des enlèvements de masse et à des attaques contre les communautés rurales. Ce double front, djihadiste et criminel, fragmente la réponse sécuritaire et étire les capacités de déploiement.

Le président Bola Tinubu, en fonction depuis mai 2023, hérite d’un dossier que ses prédécesseurs n’ont jamais totalement contenu. Les pertes civiles, les déplacements internes et la paralysie de pans entiers de l’économie rurale nourrissent une pression politique interne. La dégradation touche désormais des zones jusqu’ici relativement épargnées, y compris autour de la capitale fédérale, ce qui a accéléré la réévaluation doctrinale engagée par Abuja.

Paris et Ankara, deux partenaires aux profils complémentaires

Le rapprochement avec la France s’inscrit dans un contexte régional bouleversé. Depuis le retrait des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Paris a reconfiguré sa présence sécuritaire en Afrique de l’Ouest autour de partenariats plus discrets, centrés sur la formation, le renseignement et l’appui capacitaire. Le Nigeria, puissance anglophone et pivot stratégique du golfe de Guinée, représente pour la diplomatie française une porte de réengagement sur les enjeux sahéliens, au moment où l’arc jihadiste menace de déborder vers les États côtiers.

La coopération avec la Turquie répond à une autre logique. Ankara a consolidé ces dernières années sa pénétration sur le continent par une offre industrielle compétitive, notamment dans le domaine des drones de combat Bayraktar, déjà acquis par plusieurs capitales africaines. Pour les forces nigérianes, l’intérêt est opérationnel et budgétaire. La Turquie propose des transferts de technologie et des délais de livraison plus courts que ceux des fournisseurs occidentaux traditionnels, dans un contexte où Washington et Londres imposent des restrictions liées au droit humanitaire.

Un recalibrage diplomatique aux implications régionales

Le choix d’Abuja traduit une diversification assumée des dépendances extérieures. En activant plusieurs canaux en parallèle, le Nigeria évite de s’aligner sur un unique parrain sécuritaire et préserve une marge de manœuvre diplomatique précieuse. Cette approche tranche avec la polarisation observée au Sahel, où les régimes de transition ont majoritairement basculé vers Moscou et le groupe Africa Corps, successeur de Wagner.

Pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), dont le Nigeria demeure le poids lourd, le mouvement envoie un signal politique. Abuja entend redevenir une force motrice sur les questions sécuritaires régionales, après des mois de rivalité ouverte avec l’Alliance des États du Sahel formée par Bamako, Ouagadougou et Niamey. La crédibilité de la Cedeao dépendra en partie de la capacité nigériane à stabiliser son propre territoire avant de projeter une influence collective.

Reste la question des contreparties. Les coopérations annoncées devront se traduire en calendriers concrets de livraisons, d’entraînement et de partage de renseignement. Les chancelleries occidentales observeront aussi l’évolution des pratiques des forces nigérianes sur le terrain, plusieurs ONG ayant documenté des bavures lors des opérations dans le nord-est. Selon Le Monde Afrique, les autorités nigérianes présentent ce tour de table comme une étape indispensable pour reprendre l’initiative face à des adversaires devenus plus mobiles et mieux armés.


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