Tchad: l’enseignement de l’arabe devient obligatoire

L’enseignement de la langue arabe devient obligatoire dans tous les établissements scolaires, publics et privés, dès la prochaine rentrée scolaire.


(Photo d’illustration) Les enseignants rencontrés par la DW regrettent ne pas avoir été consultés par les autorités. Image : Danita Delimont/MAGO

Au Tchad, l’enseignement de la langue arabe devient obligatoire dans tous les établissements scolaires, publics et privés, dès la prochaine rentrée scolaire (2026-2027), selon une circulaire du ministère de l’Éducation nationale, datée du 20 avril.

Cette mesure vise à instaurer un « bilinguisme effectif », selon le ministre de l’Éducation nationale, du Bilinguisme et de la Promotion civique, Mahamat Ahmad Alhabo. Le bilinguisme arabe français est déjà inscrit dans la Constitution tchadienne. Mais désormais, l’arabe aura le même volume horaire et le même coefficient que le français, dès la rentrée scolaire prochaine.

Cependant, cette décision est mal perçue. Jugée hâtive, elle suscite des débats au sein des milieux scolaires.

Proposer des cours d’arabe plutôt que de les imposer

Ainsi, au collège Temple de l’Excellence, un établissement scolaire privé, situé dans la commune du 7e arrondissement de N’Djamena, le débat autour de l’imposition de l’arabe obligatoire au Tchad est très présent.

Judith Solkem, une élève de 3e, affiche un sourire confiant et déclare ne pas s’inquiéter de cette décision. Pour elle, « c’est une très bonne idée parce que l’arabe, c’est une langue avec laquelle on peut travailler. Cela nous aide beaucoup, précisément au Tchad où on parle l’arabe partout. Dans notre établissement, nous apprenons déjà l’arabe. C’est bien que le gouvernement l’instaure dans tous les établissements scolaires ».

En revanche, à l’École Frère Polycarpe, Consolée, une élève de 6e, adopte une perspective plus nuancée. Pour elle, « enseigner l’arabe dans toutes les écoles à partir de l’année prochaine n’est pas un problème. Mais obliger les élèves à l’apprendre, là, je ne trouve pas cela normal ».

Les enseignants pris de court

Pour les professionnels de l’éducation, cette décision va se heurter à plusieurs défis : le manque d’enseignants qualifiés en arabe littéraire, l’insuffisance de manuels bilingues et la faiblesse des infrastructures scolaires, en particulier en milieu rural.

Pour Ismaël Ben Souleyman, bilingue et chargé de cours en arabe, « c’est une décision irréfléchie. Ce sont des autorités assises dans des bureaux climatisés qui décident comme elles l’entendent. On aurait dû demander l’avis de tout le monde, surtout de ceux qui sont sur le terrain, comme les enseignants, pour voir si le contexte est favorable à l’enseignement de l’arabe dans toutes les écoles, dès l’année scolaire prochaine. Personnellement, je ne suis pas sûr. Il faut qu’on recrute des enseignants arabophones partout pour espérer que l’arabe soit dispensé au même titre que le français. Sinon, ce ne sera pas évident ».

A ce débat, s’ajoute un élément culturel sensible. Certains Tchadiens assimilent en effet l’arabe à la religion musulmane et voient dans cette mesure des velléités d’islamisation du pays. D’où leur réticence face à cette décision.

Source : AllAfrica


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