Poussée à bout, la chèvre peut mordre, dit l’adage. Quand on dirige d’une main de fer, il faut tout faire pour éviter les brèches. Ces derniers jours, le Pacte de stabilité sociale et de croissance est soumis à de rudes épreuves. Signé le 25 août 2023 entre le gouvernement, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) et le Conseil national du patronat du Mali (CNPM), ce pacte était supposé avoir une « portée historique et qui ne fera que développer le Mali grâce à l’apaisement du climat social ». Mais, si on n’y prend garde, ce pacte est sur le point d’être ébranlé par deux mouvements.
Ainsi, un climat de tension s’est installé entre les autorités maliennes et l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM/principale centrale syndicale du pays) à l’approche des élections professionnelles de 2026. Jugées unilatérales par les responsables syndicaux, les modalités de mise en place des commissions électorales régionales et locales semblent être la pierre d’achoppement. En tout cas, dans une lettre circulaire en date du 1ᵉʳ avril 2026, le Bureau exécutif de l’UNTM a exprimé sa vive préoccupation face à ce qu’il considère comme « une marginalisation » de la centrale dans un processus pourtant déterminant pour la représentativité syndicale.
Pour se faire entendre, la centrale syndicale a adopté une position ferme et sans ambiguïté. Elle a ainsi interdit strictement à tous ses représentants (à tous les niveaux) de participer à toute activité liée à l’organisation des élections professionnelles sans une autorisation écrite préalable du Bureau exécutif national. Les contrevenants s’exposent à des sanctions immédiates, conformément aux textes régissant l’organisation… Pour la centrale syndicale, cette posture vise à préserver l’unité interne et éviter toute caution implicite d’un processus jugé non inclusif.
Il est particulièrement reproché au ministère du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social d’avoir saisi les gouverneurs et les préfets afin de lancer la mise en place des commissions électorales, sans concertation préalable avec les principaux acteurs syndicaux. Des syndicats d’enseignants ont aussi déposé des préavis appelant à une grève totale du 18 au 22 mai 2026. Des grèves de 72 heures du secteur de l’éducation (13-15 mai) sont également prévues. Les organisations syndicales dénoncent le non-respect des engagements gouvernementaux. Elles mentionnent des retards de paiement, l’application partielle des accords et des problèmes de redéploiement du personnel.
Ce qui fait planer de sérieuses menaces sur les examens de fin d’année scolaire et académique. En effet, ces mouvements sont susceptibles d’impacter le secteur éducatif sur l’ensemble du territoire national. Ils sont annoncés dans un contexte éducatif déjà fragilisé, avec des enseignants dénonçant certaines situations jugées contestables comme le redéploiement du personnel. Selon les organisations syndicales, ces dysfonctionnements traduisent un manque de suivi des engagements gouvernementaux et une dégradation progressive des conditions de travail dans le secteur de l’éducation.
La période choisie pour cette mobilisation est particulièrement sensible, avec le démarrage imminent des principales évaluations nationales, allant des examens professionnels au baccalauréat en passant par le DEF… qui sont programmés entre mai et juin 2026. Une phase de négociation est désormais ouverte entre les syndicats et les autorités, dans l’espoir d’éviter une paralysie du calendrier scolaire. Pour le gouvernement, c’est comme « marcher sur des œufs » ! À ces deux niveaux, les autorités doivent agir avec une très grande prudence, de la délicatesse ou du tact afin de préserver la paix sociale.
La prudence est d’autant requise que ces événements surviennent à un moment où les effets de la crise socioéconomique se font ressentir de façon de plus en plus insupportable pour les Maliens. La pénurie de carburant est loin d’être derrière nous, l’approvisionnement en électricité ne cesse de régresser en cette période de canicule. Et la ménagère a toutes les peines du monde à remplir le sachet en plastique qui a remplacé son traditionnel panier. Entre les frais de scolarité des enfants, les factures, les ordonnances, les loyers, des frais divers, la vie de nombreux pères de famille est devenue un cauchemar sans fin. Est-ce que nos autorités ont une idée du calvaire que vivent les personnes âgées et les enfants dans les foyers qui n’ont pas les moyens de se doter de panneaux solaires ?
Il ne faut pas non plus oublier que la Défense, avec la montée en puissance des FAMa qui continuent à détruire les nids des terroristes à travers le pays(même si les événements du week-end dernier suscitent beaucoup de questions par rapport à l’efficacité du renseignement militaire dans notre pays), et l’Éducation sont certainement les deux départements qui donnent jusque-là plus de satisfaction aux Maliens. Dans le dernier secteur, le gouvernement était jusque-là parvenu à maintenir un semblant de stabilité avec des années scolaires et académiques apaisées. À quelques semaines du début des examens de fin d’année, il faut tout faire pour ne pas réveiller les vieux démons !
Moussa Bolly
En savoir plus sur FASSO ACTU
Subscribe to get the latest posts sent to your email.