L’ŒIL DE LE MATIN : La nation en quête de valeurs pour une meilleure assise de Mali Kura

Dans le cadre de la promotion, de la sauvegarde et de la valorisation du patrimoine culturel national, le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme a organisé les Journées nationales du patrimoine culturel (JNPC) les 18 et 19 juin 2026 à Bamako et à l’intérieur du pays.

Cette édition était placée sous le thème : « Rôle et responsabilité du corps de Danbe Kolosibaw dans la transmission des valeurs du patrimoine culturel ». Une thématique qui est d’une grande portée culturelle et sociale incontestable et qui témoigne de la volonté des autorités de mettre en relief l’importance du corps des Danbe Kolosibaw. Ces gardiens des valeurs morales, sociales et culturelles, médiateurs sociaux et transmetteurs du patrimoine culturel immatériel. Ils sont également appelés à jouer un rôle majeur dans la médiation sociale, le dialogue intergénérationnel et la construction du Maliden Kura.

Danbe Kolosibaw ! Ceux qui sont désignés comme tels sont certainement des icônes, des références appelées à montrer la voie à suivre. Sinon, à notre entendement, nous devons tous être les gardiens de ces valeurs dont l’effritement est en partie responsable de l’impasse dans laquelle se trouve notre société, voire notre pays. L’éducation aux valeurs commence dans le cercle familial. À l’enfance, feu notre père nous rappelait sans cesse : le Peul ne ment pas, ne vole pas et ne quémande pas ! Un principe qu’il faut sans doute atténuer de nos jours par : un Peul ne doit pas… Et cela d’autant plus que, contrairement à nous, nos enfants ne perçoivent pas sa portée réelle.

Dans la famille maternelle, nos grands-parents nous enseignaient la loyauté, la franchise, la fidélité, la sacralité de la parole donnée et de la propriété d’autrui, le courage, le respect dû aux aînés et aux femmes… Le courage d’assumer ses responsabilités, ses convictions, ses fautes : un homme doit dire la vérité au prix de sa tête ; la langue ne raconte pas tout ce que les yeux voient ou que les oreilles entendent; la peur est un sentiment humain, mais un homme doit savoir dissimuler la sienne pour ne pas baisser dans l’estime des uns et des autres… Entre autres ! Des leçons de vie enseignées et fréquemment rappelées à l’enfance et à l’adolescence. Nos parents et nos aînés étaient les vrais gardiens de ces valeurs…

Une responsabilité que beaucoup n’assument plus. Combien d’entre nous prennent le temps de réellement discuter avec leurs enfants pour leur permettre de mieux appréhender nos valeurs sociétales et de se les approprier ? Nous avons passé le témoin à la télévision, aujourd’hui éclipsée à son tour par les réseaux sociaux. Ces médiums ne sont pas mauvais et peuvent beaucoup nous aider dans notre tâche d’éducateurs. Mais, si leur usage n’est pas strictement contrôlé et orienté, c’est la dérive sociale totale, la perversion des mœurs. C’est ainsi que le téléphone portable a exacerbé l’individualisme qui déstabilise l’équilibre traditionnel de nos foyers.

Ce n’est donc pas surprenant que, faute de véritables repères, nos enfants prennent comme modèles ceux qui ont piétiné toutes nos valeurs pour faire fortune ou se hisser à un niveau confortable de la pyramide socioprofessionnelle. Et comme leurs « idoles », ils sont prêts à voler, tricher, mentir, sacrifier des vies innocentes… pour réussir !

Chère Tatou Mariam (Mariam Diawara), il ne faut donc pas être surprise de voir aujourd’hui des caméras entrer dans les cimetières, filmer l’intérieur des tombes, montrer les corps et diffuser ces images sur les réseaux sociaux (c’est tout sauf du journalisme régi par des valeurs et des principes sacrés). Comme le dit si bien notre frère Seydou Dougakoro Koumaré (enseignant à Sikasso), il n’y a de nos jours aucun respect pour nos morts, pour le caractère sacré et point de mystère autour du cimetière parce que « nous avons perdu nos valeurs éducatives familiales et sociales ». Et, malheureusement, « ceux qui sont censés être des exemples pour les enfants et les jeunes font pire », donc hors jeu pour apprendre aux enfants « le caractère sacré de certaines choses… » !

Cela arrive parce que nous ne veillons pas sur ce que nos enfants doivent lire, entendre et voir ! Nous avons facilement passé la main aux réseaux sociaux pour « éduquer » (plutôt les pervertir) nos enfants. Mais, il est encore temps de nous ressaisir. Et certainement que les Danbe Kolosibaw vont nous y aider avec la mise en œuvre du « Manifeste » issu des échanges des 18 et 19 juin 2026 ! Et cela, en nous rappelant qui nous sommes, d’où nous venons et quelle direction prendre avec nos enfants pour nous réconcilier avec les valeurs fondamentales de notre identité culturelle, notre âme personnelle et notre arme collective !

Moussa Bolly

 


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