Congo-Kinshasa: Kinshasa accuse Joseph Kabila de préparer une offensive majeure contre le pouvoir

Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) accusent l’ancien président Joseph Kabila de vouloir intensifier la confrontation avec Kinshasa à travers une nouvelle coalition politico-militaire associée à la rébellion du M23. Ces accusations surviennent dans un contexte de tensions politiques persistantes et de poursuite des affrontements dans l’est du pays, malgré les initiatives diplomatiques engagées pour tenter de résoudre le conflit.

La crise politique et sécuritaire en République démocratique du Congo connaît un nouveau développement. Le gouvernement congolais accuse désormais ouvertement l’ancien président Joseph Kabila de préparer une offensive de grande ampleur contre les institutions du pays, après l’annonce de son rapprochement avec des acteurs de la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23).

Dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse (AFP), vendredi 16 octobre 2026, le ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a dénoncé ce qu’il considère comme une volonté de l’ancien chef de l’État de formaliser une offensive contre la RDC.

Pour Kinshasa, la constitution d’une nouvelle structure politico-militaire ne traduirait pas une véritable recomposition des forces en présence, mais plutôt une tentative de donner une nouvelle dimension politique à une confrontation déjà engagée sur le terrain militaire.

Le porte-parole du gouvernement a notamment dénoncé le recours aux armes comme moyen de conquête territoriale et de contestation du pouvoir central.

Ces déclarations illustrent la dégradation des relations entre les autorités congolaises et Joseph Kabila, qui a dirigé le pays pendant dix-huit ans avant de céder le pouvoir à Félix Tshisekedi en janvier 2019.

Une nouvelle coalition politico-militaire au centre des accusations   

Les tensions se sont accentuées après l’annonce, le 12 octobre, de la prise de direction par Joseph Kabila du Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme une nouvelle coalition politico-militaire regroupant notamment des acteurs liés au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

Selon les informations communiquées sur cette initiative, la coalition affiche l’ambition de mettre fin à ce qu’elle qualifie de « tyrannie », en envisageant le recours à différents moyens d’action, y compris la force.

Des responsables du M23 devraient également occuper des fonctions de direction au sein de cette nouvelle structure.

Pour le gouvernement congolais, cette évolution constitue un facteur supplémentaire de déstabilisation, dans la mesure où elle pourrait renforcer les liens entre une partie de l’opposition politique et les mouvements armés actifs dans l’est du pays.

Le rapprochement annoncé soulève également des interrogations sur les objectifs politiques et militaires de cette coalition, ainsi que sur sa capacité réelle à modifier les rapports de force sur le terrain.

Toutefois, les accusations de préparation d’une offensive généralisée formulées par Kinshasa demeurent, à ce stade, des affirmations gouvernementales dont la portée opérationnelle reste à établir.

Joseph Kabila, de l’ancien pouvoir à la confrontation avec Kinshasa   

Président de la RDC de 2001 à 2019, Joseph Kabila occupe une place centrale dans l’histoire politique récente du pays. Son repositionnement aux côtés d’acteurs associés à la rébellion marque une nouvelle étape dans ses relations conflictuelles avec son successeur, Félix Tshisekedi.

L’ancien président est accusé par les autorités congolaises d’entretenir des liens avec le M23, mouvement armé dont les offensives ont profondément bouleversé la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

En septembre 2025, la justice militaire congolaise l’a condamné à mort par contumace, notamment pour trahison et complicité présumée avec la rébellion. Joseph Kabila conteste les accusations portées contre lui.

Cette condamnation, conjuguée à son repositionnement politique, accentue la polarisation entre le pouvoir et une partie de ses opposants.

La nouvelle coalition pourrait ainsi contribuer à déplacer davantage la confrontation politique vers le terrain sécuritaire, dans un pays déjà confronté à plusieurs foyers d’instabilité.

L’est de la RDC toujours confronté aux violences   

Cette nouvelle séquence politique intervient alors que la situation sécuritaire demeure fragile dans l’est de la République démocratique du Congo.

Début 2025, le M23 a pris le contrôle de Goma, capitale du Nord-Kivu, avant de s’emparer de Bukavu, dans la province voisine du Sud-Kivu. Ces avancées ont profondément modifié l’équilibre militaire dans la région.

Le Rwanda est régulièrement accusé de soutenir militairement le M23, notamment par les autorités congolaises et plusieurs rapports internationaux. Kigali conteste les accusations de soutien à la rébellion.

Malgré une relative stabilisation de certaines lignes de front, les affrontements se poursuivent dans plusieurs zones, particulièrement au Sud-Kivu, alimentant les inquiétudes concernant la protection des populations civiles et les perspectives d’un règlement durable du conflit.

Dans ce contexte, l’éventuelle consolidation d’une alliance entre Joseph Kabila et les dirigeants de la rébellion pourrait compliquer davantage les efforts de désescalade.

Elle soulève notamment la question de l’articulation entre les ambitions politiques de la nouvelle coalition et les objectifs militaires poursuivis par les groupes armés.

Une crise sécuritaire sur fond de tensions constitutionnelles   

Au-delà de la situation dans l’est du pays, les accusations contre Joseph Kabila interviennent dans un climat politique marqué par des divergences croissantes autour de l’avenir institutionnel de la RDC.

Les débats concernant une éventuelle révision de la Constitution alimentent les tensions entre le pouvoir et l’opposition.

Des manifestations organisées en juin et en septembre ont notamment exprimé les inquiétudes de certains mouvements politiques face à une possible modification des règles constitutionnelles qui pourrait, selon eux, ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel.

Félix Tshisekedi, réélu en décembre 2023, doit normalement achever son second mandat en 2028. La Constitution actuelle limite à deux le nombre de mandats présidentiels.

Dans ce contexte, les interrogations sur l’évolution du cadre constitutionnel viennent s’ajouter aux tensions sécuritaires et aux rivalités entre les principales figures de la vie politique congolaise.

Le risque d’une nouvelle escalade politique et militaire   

Les accusations formulées par Kinshasa mettent en évidence l’imbrication croissante des enjeux politiques et militaires dans la crise congolaise.

Alors que les initiatives diplomatiques cherchent à favoriser une désescalade dans l’est du pays, l’émergence d’une nouvelle coalition politico-militaire associée à l’ancien président pourrait constituer un obstacle supplémentaire à la recherche d’une solution négociée.

L’enjeu dépasse désormais les seules rivalités entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. Il concerne également la stabilité des institutions congolaises, la sécurité des populations et les relations régionales, particulièrement avec le Rwanda.

La capacité des acteurs politiques et militaires à privilégier le dialogue plutôt que la confrontation constituera un élément déterminant pour l’évolution de la crise.

Pour la RDC, déjà fragilisée par des années de violences dans sa partie orientale, le principal défi reste d’éviter que les rivalités politiques nationales ne contribuent à prolonger ou à intensifier un conflit dont les populations civiles continuent de subir les conséquences.

Source : AllAfrica


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