Gouvernance migratoire : le CIGEM face à l’exigence de résultats

La sixième session ordinaire du Conseil d’administration du Centre d’Information et de Gestion des Migrations (CIGEM) s’est tenue ce lundi 23 mars 2026 à Bamako, sous la présidence du ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher. Autour de lui, les membres du cabinet, les responsables administratifs du Centre et plusieurs partenaires techniques ont passé en revue une année 2025 marquée par des avancées, mais aussi par des limites opérationnelles.

Le bilan 2025 a été posé sans maquillage excessif. Un peu plus de la moitié des activités prévues ont été réalisées. Ce n’est pas un échec, mais ce n’est pas non plus un niveau qui permet de se satisfaire. Derrière ce taux, il y a des réalités concrètes : projets retardés, financements parfois décalés, capacités techniques limitées sur certaines missions.

Sur le fond, le CIGEM n’est pas resté inactif. Des études ont été menées, notamment sur un point précis qui commence à peser lourd : le lien entre déplacements de population et pression climatique. Ce ne sont pas des rapports abstraits. Ils s’appuient sur des zones où les mouvements deviennent visibles, avec des impacts directs sur les activités agricoles.

Autre axe, plus discret mais sensible : la situation des femmes en mobilité. Là encore, le travail ne s’est pas limité à des constats. Des actions ciblées ont été engagées, avec des approches qui tiennent compte des risques spécifiques exploitation, précarité, absence de protection dans certains circuits migratoires.

Côté retour des migrants, le Centre a choisi de ne pas disperser ses efforts. Les formations proposées ont été concentrées sur des secteurs précis : transformation agroalimentaire et solutions énergétiques à petite échelle. L’idée n’est pas d’empiler des modules, mais de permettre une activité immédiate une fois de retour au pays. Reste à mesurer combien de bénéficiaires ont réellement transformé ces formations en revenus. Sur ce point, peu de chiffres ont filtré.

Puis la discussion a basculé sur 2026. Budget annoncé : environ 495 millions de francs CFA. Pas de marge énorme, donc chaque dépense est scrutée. Parmi les priorités, un chantier concret : la réhabilitation du siège du CIGEM. Le bâtiment actuel limite certaines activités, notamment celles liées au traitement des données.

Un autre projet a suscité plus de débats qu’il n’y paraît : la création d’un glossaire malien de la migration. Sur le papier, ça peut sembler technique, presque secondaire. En réalité, c’est un problème quotidien pour les équipes : des termes utilisés différemment selon les institutions, des données difficilement comparables, des analyses qui perdent en précision. Harmoniser le langage, c’est aussi éviter des erreurs d’interprétation dans les décisions.

Mais le point le plus direct est venu du ministre Mossa Ag Attaher. Son message n’a pas tourné autour du sujet : le CIGEM doit arrêter de fonctionner comme un simple centre de collecte. Produire des chiffres ne suffit pas. Il faut être capable de dire ce qu’ils signifient, et surtout ce qu’il faut faire ensuite.

Autrement dit, passer d’un rôle d’observateur à celui d’outil d’anticipation.

Ce glissement n’est pas automatique. Il implique des profils plus spécialisés, des systèmes d’analyse plus robustes, et une connexion réelle avec les décideurs. Sans cela, les rapports resteront sur les étagères, consultés à l’occasion, rarement utilisés pour trancher.

La session s’est terminée sans effet d’annonce spectaculaire. Pas de réforme majeure actée, pas de rupture affichée. Mais une ligne a été posée, clairement : si le CIGEM veut peser, il devra produire moins de généralités et plus d’indications exploitables.

C’est là que tout va se jouer. Pas dans les réunions, mais dans ce qui en sortira dans les prochains mois.


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