« Quand les Blancs sont venus en Afrique, nous avions la terre et ils avaient la Bible. Ils nous ont demandé de prier, les yeux fermés ; quand nous avons ouvert les yeux, les Blancs avaient la terre et nous avions la Bible » ! C’est une célèbre citation du regretté Jomo Kenyatta, le premier président du Kenya et acteur majeur de l’indépendance de son pays. Elle met en évidence la manière avec laquelle la promesse spirituelle (la Bible) a servi à détourner l’attention des Africains pendant que les colons les dépossédaient de leurs biens matériels (la terre) et détruisaient leurs valeurs socioculturelles. Elle symbolise la perte de l’indépendance économique et territoriale au profit des puissances coloniales. Une réalité rappelée à la jeunesse du Faso et de l’AES par le président burkinabé, Capitaine Ibrahim Traoré, lors d’une rencontre avec les meilleurs élèves de son pays. Pour de nombreux observateurs, cette déclaration est une alerte historique sur la spoliation et la foi.
Engagé, mobilisateur, galvanisant, fédérateur, poignant percutant… audacieux ! Les qualificatifs n’ont pas manqué ces derniers jours sur les réseaux sociaux pour commenter la dernière sortie du président du Burkina et de la Confédération AES : le Capitaine Ibrahim Traoré ! En effet, le « PF »(Président du Faso) s’est adressé aux jeunes le vendredi 4 septembre 2026, lors de la Journée nationale de l’excellence scolaire à Ouagadougou. Il les a appelés à privilégier le travail et les études plutôt que de se laisser distraire par les réseaux sociaux ou de s’enfermer dans le carcan des fausses croyances religieuses.
Le Capitaine Ibrahim Traoré a vigoureusement dénoncé la mauvaise compréhension des religions et leur utilisation comme outils d’asservissement, de passivité et de division au détriment du développement de l’Afrique. Dans cette intervention, abondamment relayée par plusieurs médias et plateformes, le chef de l’État burkinabè a partagé une vision très critique de l’impact du dogmatisme religieux actuel sur la société. Il s’est ainsi insurgé contre une certaine pratique religieuse plongeant la jeunesse dans l’inaction. Pour l’héritier spirituel de feu le Capitaine Thomas Sankara, de nombreux croyants attendent des interventions exclusivement divines au lieu de mobiliser leur intelligence et leur force de travail pour s’épanouir et faire progresser leur communauté.
Selon ses mots, être inutile à sa communauté ne peut pas être synonyme d’agir à l’encontre de la volonté divine. Il a donc mis en garde contre l’utilisation historique et contemporaine de la foi comme outil de domination, de manipulation de la masse et de déstabilisation géopolitique par des puissances extérieures. Pour Ibrahim Traoré, le « mauvais enseignement des religions » nourrit directement l’extrémisme violent et le terrorisme qui frappent le Sahel depuis des années. C’est dans ce contexte que son gouvernement cherche à encadrer plus strictement les pratiques et les discours confessionnels à travers de nouvelles réformes sur les libertés religieuses et la laïcité.
L’appel au réveil des consciences et à l’action
« Si quelqu’un vous dit d’aller vous asseoir et d’attendre votre pitance de Dieu, c’est un ennemi à vous. Il faut bosser. Certains guides religieux vous diront cela alors qu’eux-mêmes vivent dans le luxe. Est-ce que cela ne doit pas vous interpeller ? Tant que vous ne vous battez pas, Dieu ne vous accompagne pas », a martelé IB. « J’interpelle ceux qui agissent ainsi : n’endormez pas notre jeunesse. Au contraire, faites-les travailler. J’encourage les prêtres, pasteurs, imams… qui font autre chose, qui travaillent et qui ne sont pas là seulement pour endormir la jeunesse ». Homme de foi, il n’a pas caché sa conviction que « la mauvaise compréhension de la religion nous amène à être bête ; cela nous ferme totalement les neurones, on ne peut plus réfléchir. C’est cette mauvaise compréhension de la religion qui a amené le terrorisme parce qu’ils sont convaincus que quand ils meurent, ils iront au paradis où les attendent 70 ou 72 vierges… ».
Et, a-t-il déploré, « c’est malheureux, mais ils y croient profondément. C’est pourquoi ils tuent en criant le nom de Dieu (Allah Akbar). J’aurais aimé que les plus grands leaders religieux puissent sortir pour leur dire que ce qu’ils font, ce n’est pas la vraie religion. La religion a été créée pour que les gens puissent faire du bien et distinguer le bien du mal; que les gens puissent être utiles à leurs communautés ». Le colon s’est superbement servi du carcan religieux pour non seulement piller nos richesses, mais il en a fait un outil d’asservissement en agissant de telle sorte que l’Afrique ne puisse jamais se passer de l’aide des puissances coloniales, en aucune manière. Le système colonial a été élaboré sur cette base : former des serviteurs et non des acteurs compétents du développement de nos États !
Déconstruire l’héritage d’un système éducatif improductif et symbole de la servitude éternelle
« Même notre système éducatif nous a trompés. On nous a enfermés dans un système infernal et improductif de sorte que, même le jour où nous voudrons prendre en main nos propres richesses, nous ne soyons pas en mesure de le faire. C’est une réalité indéniable aujourd’hui », a-t-il dénoncé. « Prenons le cuivre », a suggéré le président du Faso. Et de poursuivre : « Nous voulons exploiter le cuivre. Qui, aujourd’hui, n’utilise pas de fils électriques ? Mais, personne ne peut me dire qu’il est capable de fabriquer ici, au Burkina Faso, un fil électrique à 100 %, depuis l’extraction du cuivre dans la terre jusqu’à sa transformation en fil électrique. Il n’y en a pas ».
Et cela, selon le leader révolutionnaire, parce que « nous sommes, pour la plupart, de gros théoriciens, mais avec très peu de pratique. C’est malheureux… Parmi les ingénieurs que vous voyez aujourd’hui, beaucoup ne savent pas fabriquer. Ils maîtrisent surtout la théorie. Rares sont ceux qui savent réellement concevoir et réaliser quelque chose qui leur est propre. Et cela concerne notre génération comme la génération montante. C’est une réalité. Ne soyez pas comme nous. Soyez pratiques et nous mettrons les conditions nécessaires pour que vous puissiez être pratiques ». Cela d’autant plus, a-t-il justifié, « nous sommes aujourd’hui à une époque charnière. Au Burkina Faso, nous voulons exploiter nos propres ressources » !
Le Capitaine Traoré d’insister avec amertume : « Aujourd’hui, nous avons décidé de reprendre en main nos ressources. Beaucoup de mines sont donc en train d’ouvrir… Il y aura de l’emploi, bien sûr. Mais nous sommes déjà presque bloqués par notre système… Les industries et les autres secteurs ont besoin de ressources humaines pratiques… ». C’est pourquoi il a souhaité plus d’engouement pour les sciences. « Jeunes gens, mettez-vous dans les sciences. Mettez-vous dans la pratique. Cherchez à comprendre, cherchez à connaître. Utilisez Internet pour vous former, pour apprendre à fabriquer, à reproduire, à expérimenter et à réaliser tout ce qui est nécessaire. C’est de cette manière que vous pourrez véritablement participer au développement de votre patrie », a conseillé le chef de l’État burkinabé.
Il a fait l’amer constat que, au Burkina Faso, sur les quelque 65 000 bacheliers (session 2025-2026), près de la moitié, voire plus de la moitié, sont issus de la série littéraire, le Bac A. Pour le Bac C, il n’y en a que 571 sur ces 65 000 bacheliers. Quant au Bac E, qui concerne les filières industrielles et technologiques, on en compte seulement 38. « On ne construira jamais un pays comme ça. Jamais », a-t-il regretté. D’où l’urgence d’inverser cette tendance sciemment cultivée par le colon et perpétuée par les régimes depuis nos prétendues indépendances. Ce qui vaut pour le Burkina vaut aussi pour le Mali, l’AES, voire toute l’Afrique, francophone notamment !
Hamady Tamba
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