WASHINGTON-BAMAKO : le Congrès américain s’empare du dossier sécuritaire malien

Le rapprochement amorcé entre Washington et Bamako sous l’administration Trump (le président Donald Trump) commence à susciter une attention accrue au Congrès américain. Des élus républicains et démocrates souhaitent désormais que cette nouvelle orientation diplomatique s’appuie sur une stratégie clairement définie, notamment face à la progression des groupes jihadistes au Sahel.

Au cœur de cette initiative figure le Mali Security Partnership and CounterterrorismAct, un projet de loi déposé le 31 août 2026 à la Chambre des représentants par le démocrate Jimmy Panetta, avec le soutien du républicain Joe Wilson. Le texte, enregistré sous le numéro H.R. 10195, a été renvoyé à la commission des Affaires étrangères. D’autres élus républicains, dont Austin Scott et Brian Fitzpatrick, ont depuis rejoint l’initiative.

Le projet ne prévoit pas l’envoi de troupes américaines au Mali. Il demande principalement au Département d’État d’élaborer, dans un délai de 180 jours après une éventuelle adoption, une stratégie américaine destinée à répondre à l’expansion d’Al-Qaïda et de ses groupes affiliés dans le pays. Cette stratégie devrait notamment examiner l’implantation et les capacités opérationnelles du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), ses connexions avec les réseaux actifs au Burkina Faso et au Niger, ainsi que ses mécanismes de financement.

Le texte accorde également une place importante aux circuits économiques exploités par les groupes armés, notamment le trafic d’or, la contrebande, les prélèvements forcés et les réseaux financiers transfrontaliers. Les parlementaires demandent par ailleurs une évaluation des instruments américains existants, ainsi que des possibilités de renforcer la coopération régionale et de mesurer l’efficacité de l’action diplomatique de Washington.

Cette initiative intervient alors que les États-Unis ont engagé depuis plusieurs mois une reprise du dialogue avec Bamako. En février dernier, le responsable américain Nick Checker s’était rendu au Mali pour discuter notamment de lutte contre le terrorisme, de développement économique et de relance de la coopération bilatérale. En juillet dernier, le secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires africaines, Frank Garcia, a à son tour effectué une visite au Mali, au cours de laquelle les questions sécuritaires et économiques ont été abordées.

Ce changement de ton intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé. Selon des données citées récemment par l’ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Organization, une organisation indépendante et neutre spécialisée dans la collecte de données, l’analyse et la cartographie en temps réel des conflits politiques et des manifestations à travers le monde), les violences liées aux groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont fortement augmenté ces dernières années, faisant du Sahel l’un des principaux foyers mondiaux de violence jihadiste.

Le projet de loi traduit ainsi une volonté, au sein du Congrès américain, de mieux structurer le retour de Washington dans le dossier malien. Pour ses initiateurs, l’objectif est de disposer d’une stratégie diplomatique et sécuritaire fondée sur une meilleure connaissance des réseaux jihadistes, de leur financement et des dynamiques régionales, alors que les relations entre les États-Unis et les autorités maliennes connaissent une nouvelle phase.

À ce stade, H.R. 10195 reste toutefois au stade de projet et n’a encore fait l’objet d’aucun vote en séance.

Sory Diakité


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